• Aldo Balding.jpg

    "Qu'est ce qu'il se passe ? Pourquoi tu t'arrêtes ? "

    "Ben...heu... c'est que j'ai mal aux pieds moi, ton resto était à des kilomètres !"

    " Il était bon non  ? "

    "Oui oui.. mais.."

    "Mais quoi ?"

    "Un peu lourd, un peu gras... pas de la cuisine nouvelle quoi !"

    "Ah oui je vois trois rondelles de carottes, un filet de poisson et une branche de céleri, c'est ça que tu aimes ?"

    "Ben au moins ça ne me donne pas mal au ventre, parce que là, quand en plus il faut marcher des plombes après, enfin je suppose que ça fait digérer.. Tu as des tisanes chez toi ?"

    "Non, mais je peux te faire un café !"

    "Un café ! Pour que je ne dorme pas de la nuit , merci bien ! "

    "Tu avais l'intention de dormir ? Je croyais ..."

    "Oui de dormir, après tout ce que j'ai mangé, je n'ai qu'une envie : comater sous une couette et attendre que ça passe"

    "T'as pas d'autre projet ? Pourquoi tu viens chez moi alors ? "

    "C'est toi qui n'arrête pas d'insister "

    "Ca fait trois mois que l'on sort, que je vais te chercher à ton travail, que l'on va au cinéma, au restaurant. J'avais l'impression que l'on s'entendait bien..."

    "On s'entend bien. Même si on n'a pas les mêmes goûts culinaires. Mais de là à ...."

    "De là à ... ?? Je n'ai pas dix-sept ans moi, et toi non plus ! On pourrait peut être passer à la vitesse supérieure non ? Je ne sais pas moi, tu n'as pas envie ??"

    "Pour l'instant j'ai envie de vomir. Et puis c'est sinistre ici, presque inquiétant. Pourquoi j'irai chez toi ? On se connait à peine "

    "A peine ?? Trois mois ! C'est pas comme si on s'était rencontrés la veille ! "

    "Ouais ben moi il me faut du temps... Je ne suis pas une fille qui couche par ci par là ".

    "Bien sûr et c'est tout à ton honneur. Mais je ne suis pas en bois. Tu n'as donc pas envie toi ? "

    "Si, si... parfois"

    "Parfois ? "

    "Ben je ne suis pas une machine ! Et puis là et bien j'ai mal aux pieds et au ventre, ce cassoulet ne passe pas ! Et en fait je n'ai qu'une envie c'est de rentrer chez moi ! "

    "Laure si tu pars c'est fini entre nous"

    "oh là là ! Tout de suite les grands mots ! Et puis si tu ne peux pas comprendre que je puisse avoir un problème de digestion et avoir mal aux pieds alors que je suis en escarpins de six centimêtres de talons et qu'il faut marcher des heures... tu ne connais pas l'expression "pour le meilleur et pour le pire" ? "

    " On pourrait peut-être se consacrer au meilleur non ?"

    " Ecoute, il y a un taxi là, je vais le prendre et aller me coucher, on en reparle ...on s'appelle, au-revoir Brice, merci pour le dîner ! "

    "Mais ...."


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    devoir de Lakevio du Gout.jpg

    Racontez-nous lundi un conte qui commencera par cette phrase du grand Albert :
    « Solennels parmi les couples sans amour, ils dansaient, d’eux seuls préoccupés, goûtaient l’un à l
    ’autre, soigneux, profonds, perdus. »
    Conte qui se conclura par ces mots du familier Verlaine :
    « 
    Son nom? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
    Comme ceux des aimés que la vie exila. »

    Solennels parmi les couples sans amour, ils dansaient, d’eux seuls préoccupés, goûtaient l’un à l’autre, soigneux, profonds, perdus.

    Je ne pouvais pas m'empêcher te ressentir de l'envie, ils avaient l'air si amoureux l'un de l'autre ! Et cela depuis une vingtaine d'années. On aurait cru que la routine n'avait aucun impact sur eux, ni la présence de trois beaux enfants.
    C'est donc cela de rencontrer son âme soeur...

    Je n'ai pas eu cette chance. J'ai épousé un camarade de classe. On s'aimait bien. Comment ai-je pu croire au grand Amour ? Je n'avais que vingt ans, pourquoi me suis-je tant pressée ? La peur de rester seule ? J'étais jolie pourtant; je pouvais prendre mon temps .On s'entend plutôt bien dans l'ensemble, mais plus comme, disons, de bons amis, des associés en quelque sorte, des coéquipiers pour maintenir à flot notre bateau familial dans les tempêtes et les calmes plats, pour faire grandir nos deux enfants.

    Mais s'il  m'invitait à danser, là, tout de suite, et il s'en garde bien, il préfère discuter avec ses potes, on sentirait bien notre ennui et combien chacun rêve de son côté, en attendant la fin, tout en faisant montre de la plus grande courtoisie l'un envers l'autre. Mais personne ne s'y tromperait.

    Une fois, il y a dix ans, les enfants étaient encore petits, j'ai eu un coup de coeur pour leur professeur de piano. J'en rêvais la nuit. Il faut voir comment je m'apprêtais avant chaque cours. Et s'il n'en a jamais rien montré, je crois que je ne lui déplaisais pas non plus. Mais je n'ai pas osé. Déjà il nous n'étions jamais seuls mais toujours en présence de mes deux têtes blondes qui s'acharnaient sur leurs gammes et massacraient Schubert.

    « Son nom? Je me souviens qu’il est doux et sonore, Comme ceux des aimés que la vie exila. »

     

    devoir de Lakevio du Gout.jpg

    Racontez-nous lundi un conte qui commencera par cette phrase du grand Albert :
    « Solennels parmi les couples sans amour, ils dansaient, d’eux seuls préoccupés, goûtaient l’un à l
    ’autre, soigneux, profonds, perdus. »
    Conte qui se conclura par ces mots du familier Verlaine :
    « 
    Son nom? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
    Comme ceux des aimés que la vie exila. »

    Solennels parmi les couples sans amour, ils dansaient, d’eux seuls préoccupés, goûtaient l’un à l’autre, soigneux, profonds, perdus.

    Je ne pouvais pas m'empêcher te ressentir de l'envie, ils avaient l'air si amoureux l'un de l'autre ! Et cela depuis une vingtaine d'années. On aurait cru que la routine n'avait aucun impact sur eux, ni la présence de trois beaux enfants.
    C'est donc cela de rencontrer son âme soeur...

    Je n'ai pas eu cette chance. J'ai épousé un camarade de classe. On s'aimait bien. Comment ai-je pu croire au grand Amour ? Je n'avais que vingt ans, pourquoi me suis-je tant pressée ? La peur de rester seule ? J'étais jolie pourtant; je pouvais prendre mon temps .On s'entend plutôt bien dans l'ensemble, mais plus comme, disons, de bons amis, des associés en quelque sorte, des coéquipiers pour maintenir à flot notre bateau familial dans les tempêtes et les calmes plats, pour faire grandir nos deux enfants.

    Mais s'il  m'invitait à danser, là, tout de suite, et il s'en garde bien, il préfère discuter avec ses potes, on sentirait bien notre ennui et combien chacun rêve de son côté, en attendant la fin, tout en faisant montre de la plus grande courtoisie l'un envers l'autre. Mais personne ne s'y tromperait.

    Une fois, il y a dix ans, les enfants étaient encore petits, j'ai eu un coup de coeur pour leur professeur de piano. J'en rêvais la nuit. Il faut voir comment je m'apprêtais avant chaque cours. Et s'il n'en a jamais rien montré, je crois que je ne lui déplaisais pas non plus. Mais je n'ai pas osé. Déjà il nous n'étions jamais seuls mais toujours en présence de mes deux têtes blondes qui s'acharnaient sur leurs gammes et massacraient Schubert.

    « Son nom? Je me souviens qu’il est doux et sonore, Comme ceux des aimés que la vie exila. »


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    Pourquoi est-il venu ? Ce sont ses pas qui l'ont mené, pas lui. Un automatisme venu d'il y a deux ans. Deux ans déjà !

    Deux ans à traîner son désoeuvrement, deux ans de solitude.

    La solitude c'est de sa faute, il a toujours été un peu "ours".  Après la fermeture de l'usine, les autres ont pris l'habitude de se réunir pour une pétanque ou une belote. Ils ont su maintenir le lien, la camaraderie. Lui, non.  Il aurait dû y aller, dès le début. Maintenant il n'ose plus.

    Il n'a plus le chômage, alors il fait de petits boulots. Ca lui paye son tabac et sa bière. Il n'y a plus grand chose dans le coin, tant de boites ont fermé.

    Alors il est retourné vivre chez ses parents, dans sa chambre de gosse, avec les posters et les petites voitures. Ils lui prennent la tête, le prennent pour un gamin lui qui était indépendant.

    Il faut qu'il parte, qu'il se trouve un travail ailleurs, dans une autre région, plus ensoleillée par exemple. Il faut qu'il aille au Pôle Emploi pour leur demander s'ils n'auraient pas quelque chose dans le sud, qui sait ? Qu'il achète les journaux pour les petites annonces. Qu'il se démène quoi !

    Mais il n'y arrive pas. Il s'endort tard, scotché à la télévision et se réveille tard dans la matinée. Le plus souvent c'est son père excédé qui tambourine à la porte de sa chambre. Et puis la journée se traîne. Jusqu'au soir. Et tout recommence.

    Et dans ce contexte, pas de femme, bien sûr. Il les emmènerait où ? Chez Papa et Maman ? Sur le petit lit d'enfant ? Et comment leur payer le resto ou même le ciné? "On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre" dirait sa grand-mère, celle qui a perdu la tête mais pas les expressions. Et puis il n'aurait rien à leur raconter.

    "Il faut que tu te secoues" lui répête sa mère. Il va le faire. Demain ? Ou la semaine prochaîne, oui c'est ça : lundi ! Lundi il se lèvera tôt pour acheter le journal et il répondra aux annonces. Voilà qui va leur faire plaisir aux vieux de le voir revenir avec le journal ! Ils lui ficheront un peu la paix !


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    http://le-gout-des-autres.blogspirit.com/media/02/01/3135491785.jpg

    Troisième danse, je n'en peux plus ! Mais quel pot de colle ! Et dire que je vois Damien là-bas qui parle avec cette roulure de Gaétanne et que coincée avec ce benet je ne peux pas intervenir...

    Troisième danse, je savais que ça allait marcher, elle est sous le charme c'est sûr... C'est la plus belle de la soirée, enfin à part Gaétanne qui n'est pas mal non plus, mais c'est moins mon style, un peu trop... heu...desinhibée dirais-je... Mais Lucile est juste ce qu'il faut, réservée et douce. Dès que la musique s'arrête je la ré-invite !

    Dès que la musique s'arrête je prétexte une envie pressante et je me sauve. Tout sauf une quatrième danse, il faut que je trouve l'occasion de parler à Damien, vite ! En plus ce benêt me donne chaud à me serrer comme ça, et sa veste rèche me griffe la joue, je vais être toute rouge, pfff Mais pourquoi me serre-t-il  comme ça ? Il a peur que je me sauve ? C'est bien mon intention !

    Je la serre un peu, elle doit aimer ça. Elles aiment toutes ça !  Elle peut sentir ma musculature...et je ne parle pas du reste, ha ha ! Et son visage collé contre mon épaule, ce sentiment de protection que ça doit lui donner... J'espère que bientôt nous n'aurons plus ces étoffes entre nos deux corps. Je la ferai hurler de plaisir !

    J'étouffe. J'ai horreur de ces mecs collants. En plus c'est un sac d'os ! Il nage dans son costume trop grand, il a dû l'emprunter à quelqu'un pour l'occasion,. on dirait un pingoin endimanché. Ma jolie robe va être toute froissée. Gaétanne parle toujours avec Damien, ils boivent du champagne et rient fort pendant que je suis scotchée à cette ventouse. Je rêve ou sa transpiration me coule dans le cou, pouahhhh

    Elle s'écarte un peu. C'est sûr : elle n'en peut plus ! Elle est folle de désir et veut se reprendre. T'inquiète ma belle d'ici cette nuit nous irons au bout de nos de nos rêves les plus fous... tiens la musique s'arrête, une autre commence ... "vous m'accordez encore cette danse ? "

    " Heu... pas celle-ci, je dois...je dois aller me rafraîchir, excusez moi "

    "Je vous en prie, je vous attends"  Elle a besoin de calmer un peu les ardeurs que j'ai éveillé en elle, je comprends ça ! Moi aussi j'aurais presque besoin d'un bon bain glaçé là, ha ha !  Quelle soirée mes amis ! Et quel succès !

     

    (Voilà, Le Goût, je voulais t'encourager dans ta nouvelle mission, mais j'avais très peu de temps, alors "vite fait", peut-être pas "bien fait" ?!)


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    nicolas odinet-apres_la_regate_au_candy_store-100x100

     

    Vous commencerez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Ainsi, après bien des années, je me retrouvais chez moi." Propos tenu par Milan K., qui plaisante.

     

    Vous terminerez par la phrase suivante : "La vie, voyez-vous, ce n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit." Ainsi philosophe la bonne Rosalie, personnage de Guy de M., quand il raconte Une Vie.

     

    Entre les deux, casez ce que vous voulez !

     

    Ainsi, après bien des années, je me retrouvais chez moi . Enfin, pas tout à fait, disons pas très loin. Plus près je n'en ai pas envie, et surtout pas l'autorisation.

    Ahhh boire une bière bien fraîche à la terrasse d'un café... personne ne peut imaginer le bonheur que cela procure après vingt-six ans d'enfermement ! Vingt six ans à cogiter sur la grosse connerie que j'ai faite.

    J'étais démasqué, si je ne voulais pas qu'ils l'apprennent, je n'avais pas d'autre choix. C'est ce que j'ai dit aux juges. Il m'aurait été insupportable de voir leur expression lorsqu'ils auraient appris que je n'avais été qu'un imposteur toutes ces années. Pas de médecin brillant, un pauvre type qui faisait semblant...

    Mes parents qui m'admiraient tant, qui se gargarisaient de ma réussite professionnelle, comment les mettre devant la réalité : que leur fils n'était qu'un raté ? Ils sont morts en l'ignorant, qu'ils reposent en paix !

    Ma femme qui croyait avoir épousé un grand homme et m'aimait pour cela. Qui repassait mes chemises pour que je sois toujours impeccable à un travail où je n'allais pas, qui m'apportait un verre le soir pour que je me détende après ma longue journée à l'hôpital. C'est vrai que mes journées étaient longues à traîner dans les rues jusqu'au moment de rentrer ! Qui me faisait une réputation de compétence auprès de ses copines qui, me disait-elle, l'enviaient d'avoir épousé un grand professeur. Elle aussi je l'ai protégée de la désillusion.

    Quant à mes deux enfants...Disons que je n'ai pas voulu détruire en eux l'image du Père que tous les psychologues s'accordent à trouver essentielle pour la construction de leur personnalité, voilà. Ca leur aurait fait trop de mal, les pauvres petits. Comme j'aimais aller les border le soir lorsqu'ils m'attendaient en pyjamas dans leurs lits. Ils me demandaient combien de personnes j'avais opérées et sauvées. Ils m'admiraient tant. Je leur ai épargné un traumatisme qui aurait inévitablement impacté leur avenir.

    Maintenant j'ai payé. Je vais aller séjourner quelques temps dans un Monastère, c'était la condition pour ma sortie anticipée. Ce sera toujours mieux que la Taule...je pense que la nourriture doit être meilleure, et si ça s'appelle aussi une cellule, au moins  sera-t-elle  individuelle, quel luxe !

    Et après, lorsque le moment sera venu, je reprendrai ma liberté. J'espère me trouver une nouvelle petite femme et, peut être, qui sait, avoir d'autres enfants. C'est si beau une famille !

    La vie, voyez-vous, ce n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit.

    Résultat de recherche d'images pour "jean claude romand 2018"

     

     

    (désolée amis lecteurs, c'est ce qui m'est venu à l'idée)


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