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    l'hameçon

     

     

     

    sally storch - alla-finestra

     

     

     

     

     

    Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail. J'ai beaucoup déménagé mais je crois que je vais rester ici, du moins quelques années. Je m'y plais beaucoup. Le quartier bien sûr et l'appartement qui est confortable mais surtout....surtout... C'est à peine si j'ose le formuler... Voilà : un soir je me suis mise à la fenêtre. C'était une nuit d'étoiles filantes, je voulais faire un voeu. Et puis j'ai regardé l'immeuble en face, et  j'ai vu une fenêtre où un homme se tenait qui regardait par ici lui aussi. Je pensais qu'il ne pouvait pas me distinguer nettement alors je l'ai observé : grand, bien bâti, une silhouette qui me rappelait Pierre mon grand amour de jeunesse...
    Et puis j'ai compris qu'il me voyait mieux que je ne le pensais et j'ai réalisé que j'étais en nuisette, comme maintenant. J'ai eu honte , j'ai fermé les rideaux.

     

    Mais le lendemain soir je n'ai pas pu résister, j'ai regardé à nouveau et il était là lui aussi. Et tous les soirs pareil, j'y pensais toute la journée. Au bout d'une semaine il m'a fait un signe de la main. J'ai eu peur, j'ai fermé le rideau à nouveau.
    Mais le lendemain soir j'ai répondu à son signe. Ca a dû durer une bonne semaine. J'avais de plus en plus hâte que le soir arrive. Apres le signe je me couchais avec des rêves plein la tête : que nous allions nous rencontrer dans la rue, ce ne serait pas si étonnant après tout et que ce serait le grand amour .

     

    Et dimanche dernier il tenait une sorte de grande pancarte avec écrit en très grosses lettres son numéro de téléphone. Mon coeur s'est emballé, j'avais le souffle coupé. J'ai noté le numéro sur la couverture de mon livre mais jamais je ne l'appellerai, ça non !

     

    Lundi ses rideaux étaient tirés. Quelle déception !  Mardi et Mercredi aussi. J'avais le coeur brisé et  beaucoup de mal à m'endormir. Peut être avait-il eu un accident, peut-être était-il malade ? Mort ? Cet Amour était il juste passé à toute vitesse comme une de ses fichues étoiles filantes pour disparaître à jamais ?

     

    N'y tenant plus, j'ai composé son numéro. Comme il a une voix chaude...j'en ai eu des frissons  au bas de la colonne vertébrale. Il va bien, juste un voyage d'affaires qui l'a retenu loin de chez lui. Il vient me chercher ce soir pour aller dîner quelque part, comme je suis heureuse !

     

     

     

    Le poisson est ferré, ha ha !  Quand il l' a aperçue en petite tenue la première fois, il a aimé le  spectacle . Et puis elle est revenue tous les soirs à se poster à sa fenêtre pour le regarder. Un jour, comme ça, il lui a fait un signe de la main. Mais elle a fait sa mijaurée et a fermé ses rideaux. Il savait bien que  dès le lendemain elle répondrait à son signe !  Alors il s'est dit "ma belle, tu me cherches tu vas me trouver ". Il a attendu encore un peu, faut pas être pressé, c'est comme la pêche, faut ruser et il sait que les filles ça gamberge pour des bêtises comme ça. Il l'a  laissée gamberger et paf, un jour , il s'est  fabriqué un panneau avec son numéro de téléphone. Bien sûr Il ne s'attendait pas à ce qu'elle appelle tout de suite alors il a joué fin : Il a fermé ses rideaux pendant quelques jours, histoire de bien la stresser. Ca n'a pas loupé : elle a craqué et elle l'a appelé. Bingo ! Alors il lui a proposé de venir la chercher pour l'emmener au resto. Ca marche à tous les coups.

     

    Il y est allé  et il lui a fait son affaire. Faut pas le chercher !

     

    L'ennui c'est qu'il a croisé une mémée en redescendant. Bon, le sang sur ses habits elle n'a pas pu le voir car il avait  boutonné son manteau et tout frais, ça n'a pas d'odeur. D'ailleurs elle lui a  à peine jeté un coup d'oeil et à son âge on n'a pas une bonne vue, Mais quand même : "je vais laisser pousser ma moustache, décida-t-il"

     


  • Commentaires

    1
    Lundi 6 Novembre à 19:08

    Absolument machiavélique mais elle était un peu trop confiante même à cette époque. La preuve !

    Bien joué, Colombine.

      • Mercredi 8 Novembre à 11:21

        je pense que l'époque n'était pas mieux simplement on le savait moins...

    2
    Lundi 6 Novembre à 19:21

    C'est vraiment excellent, et très bien mené. La fluidité du texte donne envie de continuer la lecture. Le suspens est très simple, mais on a envie de savoir.Également la relation du  point de vue de la femme, puis celui de l'homme, c'est bien vu.

    Hélas pour elle, ça finit mal !

    Va falloir se méfier des  moustachus  ;-))

     

    3
    Sophie
    Mardi 7 Novembre à 08:58

    Boudiou, je m'attendais à une bluette, et je tombe sur un criminel qui ressemble à une araignée qui tisse sa toile pour attirer sa proie. Mais t'es machiavélique !!!

     

    4
    Mardi 7 Novembre à 11:35

    Je suis déçue, vraiment déçue par la fin. Je sais bien que tu as voulu changer des fins à l'eau de rose, mais, quand même, pas gentil de la faire tomber dans les filets d'un tordu. J'en suis presque malade pour cette innocente rêveuse.

    Va falloir que je me méfie, car j'ai un petit immeuble en face de chez moi et il m'arrive souvent le soir de me mettre à ma fenêtre pour humer le calme de la nuit, pour écouter les oiseaux de nuit, pour admirer le ciel étoilé.. Peu de voitures passent à cette heure là, contrairement à la journée où c'est infernal et où j'hésite à ouvrir les fenêtres...

    Je crois que ce sont surtout des retraités qui y habitent.  J'en vois sortir promener leur chien...Je vois souvent un ou deux mecs le soir sortir sur leur balcon pour fumer une dernière cigarette.

    Samedi soir, la lune était à son paroxysme. J'avais laissé mes rideaux ouverts pour l'admirer. Depuis que je suis en étage, je me sens hyper courageuse, contrairement à mon ancienne maison de plain-pied, où j'hésitais à aller dehors la nuit.  Je voulais donc prendre une photo de la lune bien grosse. J'étais dans mon vieux pyjama chaud.

    J'avais l'appareil photo à la main, je m'apprêtais à prendre une photo quand j'ai vu un mec sortir sur son balcon...J'ai eu un peu honte d'être surprise ainsi. Je me suis vite reculée, me suis assise dans le noir sur le canapé, à attendre que ce monsieur daigne rentrer chez lui, pour pouvoir prendre enfin ma photo. Comme il a mis du temps à rentrer, j'ai fini par fermer le rideau métallique et suis allée me coucher. Il est vrai que, dans la nuit mystérieuse, on se demande à quoi peut penser l'autre en face et on se sent un peu voyeur.

    J'espère que, dans mon cas, il ne pense qu'à leur bouffée de cigarette...et à retrouver bobonne s'ils en ont une.

      • Mercredi 8 Novembre à 11:23

        ha ha ! Tu ne vas plus oser te mettre à ta fenêtre !

    5
    Mardi 7 Novembre à 22:31

    Je ne m'attendait pas à une chute si brutale. La surprise est réussie. Bien joué. Votre texte tient le lecteur en haleine.
    Je vous souhaite une bonne semaine.
    Jean-Jacques'60
    Berne, le 7 novembre 2017

      • Mercredi 8 Novembre à 11:23

        Merci, à vous aussi !

    6
    Mardi 7 Novembre à 22:51
    celestine

    Un prédateur de plus dans un paysage qui en compte déjà tellement...

    Quand une femme pourra-telle à coup sûr aller à un rendez-vous galant sans rien craindre ?

    Ton texte est implacablement authentique, hélas...

     

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    ¸¸.•*¨*• ☆

      • Mercredi 8 Novembre à 11:24

        désolée...

      • Jeudi 9 Novembre à 00:08
        celestine

        C'est moi qui suis désolée, j'étais influencée par mon propre sujet.

        cela n'enlève rien à la qualité de ton récit.

        pardon.

         

        ¸¸.•*¨*• ☆

    7
    Dimanche 12 Novembre à 15:48

    mais non, voyons...pas de souci smile

    8
    Véro
    Dimanche 12 Novembre à 20:21

    Une moustache pour se fondre dans la masse ; j'ai eu la même idée !

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