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    C'est le devoir téléphoné !...

     

    Heather Buchanan newman-880

    Luce appelle Francis.

    Nous ne connaissons que les réponses de Francis.

    A vous d'imaginer  et d'intercaler ce que raconte Luce,

    connue pour être très bavarde en toutes occasions,

    et surtout au téléphone.

     

     -Allo ? C'est toi Francis, Bonjour, tu as eu mon message ? Tu ne m'as pas répondu, tu l'as lu ? Il faut que je t'explique ...

    - Oui ?

    - Je ne voulais pas te faire du tort, bien sûr, loin de moi cette idée. Mais ça fait un moment que tu me mènes en bateau. Trois ans si je ne m'abuse. Et jusque là tu ne peux pas prétendre que je n'ai pas été correcte ? Est ce que tu as eu quelque chose à me reprocher en trois ans ?

    - Non.

    - Voilà. J'étais disponible, aussi bien pour ces rendez-vous, un peu bâclés, il faut bien le dire, dans ces hôtels miteux, entre midi et deux, que pour de longs week-ends, plus satisfaisants, lorsque ta femme avait la bonne idée de s'absenter. J'ai été la maîtresse idéale : discrête et réconfortante. Toujours d'accord pour les calins et l'écoute. Et pourtant c'est souvent que l'envie m'a prise de tout arrêter et de me trouver un gars sérieux et libre. Un gars avec lequel je pourrais fonder une vraie famille.

    - Mais, comme tu veux !

    -Ah oui, ça t'es égal ? Tu crois t'en tirer comme ça ? Je débarrasse le plancher et tu me trouves vite fait une remplaçante ? Pourquoi pas la petite Solange de la Comptabilité, je t'ai vu plus d'une fois la regarder en coin !

    - Ah bon !

    - Oui, tu crois que je suis aveugle ? Tu te la ferais bien la petite Solange hein ? Et même la grosse Marcelle de l'accueil , tant qu'on y est !

    - Mais non !

    - Non c'est vrai que tu n'es pas attiré par les formes, disons...généreuses. C'est d'ailleurs ce qui m'étonne lorsqu'on voit ta femme, apparemment tu avais d'autres préférences à vingt-cinq ans

    - Non

    - Tu vas me dire que ce sont les grossesses...dame ! Six enfants ! Et aussi rapprochés, vous mériteriez une médaille, du mérite ou quelque chose comme ça... Et d'ailleurs votre dernier voyage à Venise, il n'y aurait pas le petit septième en préparation des fois ?

    - Pas cette fois.

    - Ah bon, tant mieux parce que là ça tomberait plutôt mal ! Alors le prochain ça pourrait être moi pour changer ? Non ? Car j'approche de la quarantaine et bientôt ce sera trop tard

    - Pourquoi pas.

    - Ah tu es d'accord ? Et bien, il t'en aura fallu du temps ! C'est pas trop tôt ! J'ai donc bien fait de m'être décidée à enfin agir ! Il fallait que les choses soient claires, finies les cachotteries.. Comme je te l'ai dit dans mon message, j'ai téléphoné à ta femme tout à l'heure !

    - Ah, non !

    - Ah si ! Et je peux même te dire qu'elle est tombée des nues ! Je lui ai tout déballé. C'était pas facile avec le boucan de tous ces mômes autour d'elle, comment tu fais pour supporter ça. Pas étonnant que tu ne sois pas pressé de rentrer chez toi après le boulot !

    - En effet.

    - Bref, les mômes qui braillaient, elle qui pleurnichait, la totale. Bon si j'étais toi je ne me presserais pas de rentrer, spécialement ce soir

    - Peut-être.

    - Tu pourrais même venir passer la nuit chez moi, tu lui téléphones que tu veux qu'elle réflêchisse à la situation nouvelle, qu'elle digère etc...et moi je te prépare un bon dîner, aux chandelles, pourquoi pas, pour fêter ça. Tu hésites ? Tu n'as jamais été un as du courage ! Tu veux que je l'appelle moi pour lui dire ?

    - Fais pour le mieux.

    - Alors ok je l'appelle. Ne t'occupe de rien, tu as assez de choses à régler au bureau. Il faut laisser les choses se tasser un peu, tu ne crois pas ? Et après tout, c'est moi qui ai mis le feu aux poudres, c'est normal que ce soit à moi d'éteindre l'incendie, non ?

    - Oui.

    - Par contre il ne faut pas la stresser avec les enfants, l'argent tout ça. Si tu es d'accord je lui dis qu'elle n'aura pas à s'en faire à ce sujet. Bien sûr il va falloir qu'elle se trouve un petit boulot, ça lui fera le plus grand bien de sortir un peu de chez elle, pauvre femme, mais les enfants, il ne faut pas être cruel, elle a besoin de leur compagnie, on les lui laisse

    - D'accord.

    - Après tout nous aurons le notre, à choyer. Car je peux te le dire maintenant : je suis enceinte, quel bonheur non ? Tu ne dis rien ? Tu es sous le choc ?

    - C'est ça.

    - Oh mon chéri, comme ça va être merveilleux pour toi de prendre un nouveau départ. On va être tellement heureux tous les trois ! Tu ne dis toujours rien ? Tu es content ? Mais peut être es tu très occupé, on se voit tout à l'heure d'accord ?

    - A tout à l'heure.


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    La rallonge

     

     

    rainbow-trout-stream by-jon-q-wright

    Truite arc-en-ciel par Jon Q. Wright

     

    Une partie de pêche.

    Un jeudi, de bon matin, debout sur une roche, je laissai flotter ma ligne dans le tourbillon des belles eaux claires. Ah, quel bonheur, quand au bout de quinze à vingt minutes, en allongeant et retirant lentement l'amorce sur l'eau agitée, tout à coup une secousse répétée m'avertit que le poisson avait mordu et qu'ensuite le bouchon descendit comme une flèche habilement lancée.

    C'était un gros ! Je le laissai filer, et puis, relevant la gaule à la force du poignet, une truite colorée fila dans les airs et se mit à sauter au milieu des ronces coupées et des herbes pleines de rosée.

    (d'après Erckmann-Chatrian)

     

    Doublez le texte (au moins !) grâce à l'ajout d'adjectifs, adverbes, conjonctions, propositions conjonctives, relatives, etc...

    Bref, noyez le poisson !

     

    Pêche aux textes, lundi !

    Une partie de pêche dans la rivière qui serpente autour de ma maison.

    Un jeudi, unejour de congé que j'ai gardé comme habitude d'enfance -je ne m'attelle à mon roman que les autres jours de la semaine, comme une discipline délicieuse que je m'impose- de bon matin, c'est à dire dès l'aube, debout sur une grosse roche plane qui surplombe la rivière  , je laissai paresseusement flotter ma ligne dans le tourbillon des belles eaux claires qui arrivent directement des chutes plus en amont. Ah, quel bonheur, mais n'est-ce pas un grand mot pour de si menus plaisirs ? quand au bout de quinze à vingt interminables minutes, de celles qui semblent durer des heures, en allongeant et retirant lentement  l'amorce  constituée de deux asticots gigotant de concert ,sur l'eau agitée  tout à coup une secousse  brutale et répétée m'avertit que le poisson avait mordu et qu'ensuite le bouchon en liège que j'avais fabriqué moi-même goûtant peu ceux du commerce, descendit vers le fond tapissé d'algues  et de cailloux à cet endroit, comme une flêche habilement lancée.

    C'était un gros, je le mesurai à sa  résistance,  peut-être un saumon remontant le courant ou un brochet en goguette ? Je le laissai filer, lui donnant du fil et suivant sa course folle et désespérée avec ma canne tendue à l'extrême et puis , relevant la gaule à la force du poignet, ce qui me permit de constater comme celui-ci s'était bien remis de ma dernière chute de vélo, une truite colorée étincelante dans l'éclat du soleil levant fila dans les airs et se mit à sauter au milieu des ronces fraîchement coupées  par l'employé municipal chargé de l'entretien des rives  et des herbes pleines de rosée.


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