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    Mais voilà qu'il flotte...

     

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    John Salminen

     

    "En haut de la rue Saint-Vincent, un poète et une inconnue,
    S'aimèr'nt l'espace d'un instant, mais il ne l'a jamais revue.
    Cette chanson, il composa, espérant que son inconnue,
    Un matin d'printemps l'entendra quelque part au coin d'une rue."

    (La Complainte de la Butte)

     

     

    C'est de "l'espace de l'instant" que je voudrais que vous me parliez

     

    Elle rentrait chez elle au volant de sa voiture, elle rentrait vers le désastre. Ou bien, elle n'en était plus sûre, était-elle à pied ?  Elle ne se dépéchait pas. Qui aurait hâte de se retrouver dans cette maison désertée par ceux qu'elle avait tant aimé et qui étaient, l'un après l'autre, partis étrenner leurs ailes neuves vers d'autres cieux ?

    Il restait un mari taiseux, surtout préoccupé de ses propres rêves et d'une vie professionnelle trépidante.

    Elle aussi aurait voulu du rêve, de la vie, mais il n'y avait que cette fin d'après-midi d'hiver avec la nuit qui tombait déjà, un crachin humide et froid et la perspective d'une soirée morne.

    C'est alors qu'elle le vit, sur le trottoir. Il arrivait vers elle. Il la regarda avec attention et esquissa un sourire. C'est plutôt rare de regarder la conductrice d'une voiture, même si elle est tout près, alors elle devait être à pied et marcher sur le même trottoir, l'un allant vers l'autre.

    Il était tout à fait à son goût : un beau visage fin, une tignasse, un regard franc posé sur elle. Qu'est ce qu'il pouvait bien lui trouver ? Une femme plus très jeune et un peu déprimée, sûrement pas beaucoup d'éclat.

    Elle n'était pas du genre à divaguer, à s'imaginer des choses mais elle eut pendant ces quelques secondes (et longtemps après)  l'absolue certitude qu'elle croisait ce que les romanciers appellent son "âme soeur", celui qui lui était destiné.

    Mais zut, pourquoi si tard ??

    Elle le croisa le coeur en déroute et continua son chemin (ou elle redémarra lorsque le feu repassa au vert) et rentra chez elle.

    Elle repassa souvent à cet endroit dans l'espoir d'une nouvelle rencontre mais cela ne se reproduisit pas. De toutes façons, pas plus que la première fois,  elle n'aurait rien osé dire ou faire.


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  • la vie de quartier

     

    Revenons à nos moutons maisons !

    carel weight 2

    En voici une, en voici deux, en voici trois !

    De quoi nourrir une vie de quartier, n'est-ce pas ?

    Les rideaux se soulèvent...

     

    On attend les commères... lundi !

     

     

    Mardi, 17h40

    Ils l'ont annoncée pour l'heure qui vient. On sent bien que le temps se couvre. Enfin, pas vraîment... disons qu'il y a comme un silence. On n'entend plus les oiseaux, c'est ça, il n'y a plus de bruit. A part bien sûr les chiens qui aboient au loin. Qui hurlent à la mort même...

    Mon Dieu ! Tous ces gens qui courent dans tous les sens...

    L'école a appelé, on doit aller chercher les enfants. Mais pour aller où ? Je n'ai pas trop confiance dans ces bâtiments, déjà que parfois une tuile s'envole pour un simple orage. Le voisin dit qu'il faut aller dans la cave, mais si tout l'immeuble s'écroule dessus ?

    Si seulement ces clébards pouvaient arrêter, ils me glacent le sang.

    Ca s'assombrit on dirait. Et pas un souffle de vent. C'est un comble.

    Vite aller chercher Mamie... la sortir de son lit, l'habiller et la mettre sur sa chaise roulante. Elle ne va pas vouloir, ça ne va pas être simple.

    Qu'est ce qu'ils ont à courir comme ça ? C'est ridicule ! Si notre temps est venu, il est venu et c'est tout .

    Mathilde... il faut absolument que je retrouve Mathilde...

    C'est idiot, ces journalistes exagèrent toujours, toujours bêtement alarmistes. Mais non, en fait, tout pour distraire les gens des vrais problèmes et de ces lois qui viennent d'être promulguées. Et tous ces gens qui s'agitent, quels débiles ! Moi je vais tranquillement aller me mettre devant mon jeu télévisé et les laisser faire les guignols.

    Armand ? Armand ! Tu es où ? Oh non pour une fois que j'avais un tout petit peu de chance, ça ne peut pas s'arrêter maintenant...

    Maman ! Maman !!!

    Non c'est pas possible !!! Au secours !!

     

    Mardi 21 heures.

     

    Mesdames, Messieurs

    Une violente tornade, en fait la plus violente que notre région ait connue, c'est abattue aux environs de 18h15 sur la petite ville de York. Toutes les maisons se sont effondrées. Les équipes de secours sont arrivées sur place il y a peu, les routes d'accès étant devenues impraticables, il a d'abord fallu déblayer. On ne dénombre pour l'instant aucun survivant à moins qu'il y ait encore des personnes vivantes sous les décombres. Nous le saurons dans les prochaînes heures car la tâche semble considérable. Les sauveteurs sont à pied d'oeuvre, nous ne manquerons pas de vous tenir au courant.


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    Fabian Perez CENISIENTAS OF THE NIGHT

     

    Fabian Pérez - Cendrillons de la nuit

     

     

     

    Pour une bouffée... d'air.

     

     

     

    Nous saurons si la soirée a été bonne, lundi !

     

     

     

    "Le jour se lève...il va me falloir trouver un taxi ..."

     

    " Je compte sur Richard pour me raccompagner"

     

    "Ca va être difficile, il est complêtement saoul, il dort sur le canapé"

     

    "J'en ai marre de ces soirées qui se terminent au petit jour.. J'ai trop bu, demain j'aurai la migraine et mon dimanche sera raté"

     

    " C'est toujours la même chose, on se prépare, je suis même allée m'acheter cette robe pour l'occasion, elle m'a coûté un bras, et maintenant il y a un trou de cigarette. Ils ne savent pas fumer sans faire attention !  Donc on se pomponne, on se fait belle, autant que faire se peut et on espère rencontrer le Prince Charmant qui enfin nous sortira de la solitude. Résultant on fait n'importe quoi .."

     

    " Tu parles, ils s'en fichent de nous, oui ils veulent nous sauter mais pour le reste ils iront chercher ailleurs, une jeune perdrix sobre et saine et qui surtout saura se faire désirer pour mieux les faire marcher par le bout du nez, enfin je me comprends.."

     

    " Je ne sais pas ce que Pierre m'a donné à fumer mais je me suis retrouvée avec lui dans une chambre à l'étage. Enfin c'est toujours mieux que Pascal l'autre fois, un taré ... "

     

    " Ah ? Moi c'était Gérard puis  Richard bien sûr"

     

    "Rien à voir avec des Princes Charmants !"

     

    "Remarque, on n'est pas des Princesses non plus. Plus maintenant; "

     

    " Tout ce que j'aimerais c'est rencontrer un gars bien et avoir une famille".

     

    "Tu veux des enfants ? Mais t'as quel âge ? "

     

    " Je sais, ça va être bientôt trop tard. Merde, j'ai tout raté"

     

    "Regarde  là-bas  le boulanger qui vient faire son pain. Il y a des gens qui ont une vie normale quand même..."

     

    "Oui, enfin, lui je suis sûre qu'il rêverait de rester un peu au lit "

     

    "Il lève les yeux vers nous ! Heureusement qu'on a baissé la musique ! "

     

    "Ils ne s'en sont même pas aperçus, ils cuvent tous !"

     

    "J'en ai marre de ces soirées...Je ne rêve que d'une chose : enlever ces chaussures qui me font mal, me démaquiller et me fourrer sous la couette, jusqu'à demain après-midi, ou même demain soir !"

     

    "Et prendre une douche aussi ! "

     

    "Oh oui .. t'as vu Lisa, elle était tellement saoule qu'en tombant elle s'est blessée. Quand elle va se réveiller elle sera toute étonnée d'avoir un coquard !"

     

    "Mais avant elle s'est tapé presque tous les mecs de la soirée. Même Matthias ! "

     

    "Non ? Matthias ? Hé ben elle n'est pas difficile... moi, même bourrée je ne pourrais pas ! Samantha aussi s'en est donnée.. Mais au fait ça fait un moment qu'on n'a pas vu Simon , il ne vient plus"

     

    "Simon ? Ah ça risque pas, je l'ai croisé avec sa nouvelle femme, une copine d'enfance paraît-il, avec un bébé dans une poussette".

     

    "Ah oui... Oh j'en ai trop marre de tout ça.... Mais voilà, au bureau quand mes collègues me demandent ce que je vais faire samedi soir, alors qu'elles c'est marmaille, repassage ou des trucs comme ça, je suis trop fière de dire que je suis invitée à une soirée, je vois bien qu'elles m'envient.."

     

    "On n'est jamais content de ce qu'on a. Mais moi je vais arrêter, ça me file un de ces bourdons les jours suivants... On s'en va ? Tu veux profiter de mon taxi ? "

     

    "Mais Max voulait qu'on se retrouve tous au petit-déjeuner "

     

    "T'as vraiment envie de voir encore leurs tronches demain ...heu je veux dire aujourd'hui ?"

     

    "Non, pas vraiment. Allons y ...


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    C'est le devoir téléphoné !...

     

    Heather Buchanan newman-880

    Luce appelle Francis.

    Nous ne connaissons que les réponses de Francis.

    A vous d'imaginer  et d'intercaler ce que raconte Luce,

    connue pour être très bavarde en toutes occasions,

    et surtout au téléphone.

     

     -Allo ? C'est toi Francis, Bonjour, tu as eu mon message ? Tu ne m'as pas répondu, tu l'as lu ? Il faut que je t'explique ...

    - Oui ?

    - Je ne voulais pas te faire du tort, bien sûr, loin de moi cette idée. Mais ça fait un moment que tu me mènes en bateau. Trois ans si je ne m'abuse. Et jusque là tu ne peux pas prétendre que je n'ai pas été correcte ? Est ce que tu as eu quelque chose à me reprocher en trois ans ?

    - Non.

    - Voilà. J'étais disponible, aussi bien pour ces rendez-vous, un peu bâclés, il faut bien le dire, dans ces hôtels miteux, entre midi et deux, que pour de longs week-ends, plus satisfaisants, lorsque ta femme avait la bonne idée de s'absenter. J'ai été la maîtresse idéale : discrête et réconfortante. Toujours d'accord pour les calins et l'écoute. Et pourtant c'est souvent que l'envie m'a prise de tout arrêter et de me trouver un gars sérieux et libre. Un gars avec lequel je pourrais fonder une vraie famille.

    - Mais, comme tu veux !

    -Ah oui, ça t'es égal ? Tu crois t'en tirer comme ça ? Je débarrasse le plancher et tu me trouves vite fait une remplaçante ? Pourquoi pas la petite Solange de la Comptabilité, je t'ai vu plus d'une fois la regarder en coin !

    - Ah bon !

    - Oui, tu crois que je suis aveugle ? Tu te la ferais bien la petite Solange hein ? Et même la grosse Marcelle de l'accueil , tant qu'on y est !

    - Mais non !

    - Non c'est vrai que tu n'es pas attiré par les formes, disons...généreuses. C'est d'ailleurs ce qui m'étonne lorsqu'on voit ta femme, apparemment tu avais d'autres préférences à vingt-cinq ans

    - Non

    - Tu vas me dire que ce sont les grossesses...dame ! Six enfants ! Et aussi rapprochés, vous mériteriez une médaille, du mérite ou quelque chose comme ça... Et d'ailleurs votre dernier voyage à Venise, il n'y aurait pas le petit septième en préparation des fois ?

    - Pas cette fois.

    - Ah bon, tant mieux parce que là ça tomberait plutôt mal ! Alors le prochain ça pourrait être moi pour changer ? Non ? Car j'approche de la quarantaine et bientôt ce sera trop tard

    - Pourquoi pas.

    - Ah tu es d'accord ? Et bien, il t'en aura fallu du temps ! C'est pas trop tôt ! J'ai donc bien fait de m'être décidée à enfin agir ! Il fallait que les choses soient claires, finies les cachotteries.. Comme je te l'ai dit dans mon message, j'ai téléphoné à ta femme tout à l'heure !

    - Ah, non !

    - Ah si ! Et je peux même te dire qu'elle est tombée des nues ! Je lui ai tout déballé. C'était pas facile avec le boucan de tous ces mômes autour d'elle, comment tu fais pour supporter ça. Pas étonnant que tu ne sois pas pressé de rentrer chez toi après le boulot !

    - En effet.

    - Bref, les mômes qui braillaient, elle qui pleurnichait, la totale. Bon si j'étais toi je ne me presserais pas de rentrer, spécialement ce soir

    - Peut-être.

    - Tu pourrais même venir passer la nuit chez moi, tu lui téléphones que tu veux qu'elle réflêchisse à la situation nouvelle, qu'elle digère etc...et moi je te prépare un bon dîner, aux chandelles, pourquoi pas, pour fêter ça. Tu hésites ? Tu n'as jamais été un as du courage ! Tu veux que je l'appelle moi pour lui dire ?

    - Fais pour le mieux.

    - Alors ok je l'appelle. Ne t'occupe de rien, tu as assez de choses à régler au bureau. Il faut laisser les choses se tasser un peu, tu ne crois pas ? Et après tout, c'est moi qui ai mis le feu aux poudres, c'est normal que ce soit à moi d'éteindre l'incendie, non ?

    - Oui.

    - Par contre il ne faut pas la stresser avec les enfants, l'argent tout ça. Si tu es d'accord je lui dis qu'elle n'aura pas à s'en faire à ce sujet. Bien sûr il va falloir qu'elle se trouve un petit boulot, ça lui fera le plus grand bien de sortir un peu de chez elle, pauvre femme, mais les enfants, il ne faut pas être cruel, elle a besoin de leur compagnie, on les lui laisse

    - D'accord.

    - Après tout nous aurons le notre, à choyer. Car je peux te le dire maintenant : je suis enceinte, quel bonheur non ? Tu ne dis rien ? Tu es sous le choc ?

    - C'est ça.

    - Oh mon chéri, comme ça va être merveilleux pour toi de prendre un nouveau départ. On va être tellement heureux tous les trois ! Tu ne dis toujours rien ? Tu es content ? Mais peut être es tu très occupé, on se voit tout à l'heure d'accord ?

    - A tout à l'heure.


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    La rallonge

     

     

    rainbow-trout-stream by-jon-q-wright

    Truite arc-en-ciel par Jon Q. Wright

     

    Une partie de pêche.

    Un jeudi, de bon matin, debout sur une roche, je laissai flotter ma ligne dans le tourbillon des belles eaux claires. Ah, quel bonheur, quand au bout de quinze à vingt minutes, en allongeant et retirant lentement l'amorce sur l'eau agitée, tout à coup une secousse répétée m'avertit que le poisson avait mordu et qu'ensuite le bouchon descendit comme une flèche habilement lancée.

    C'était un gros ! Je le laissai filer, et puis, relevant la gaule à la force du poignet, une truite colorée fila dans les airs et se mit à sauter au milieu des ronces coupées et des herbes pleines de rosée.

    (d'après Erckmann-Chatrian)

     

    Doublez le texte (au moins !) grâce à l'ajout d'adjectifs, adverbes, conjonctions, propositions conjonctives, relatives, etc...

    Bref, noyez le poisson !

     

    Pêche aux textes, lundi !

    Une partie de pêche dans la rivière qui serpente autour de ma maison.

    Un jeudi, unejour de congé que j'ai gardé comme habitude d'enfance -je ne m'attelle à mon roman que les autres jours de la semaine, comme une discipline délicieuse que je m'impose- de bon matin, c'est à dire dès l'aube, debout sur une grosse roche plane qui surplombe la rivière  , je laissai paresseusement flotter ma ligne dans le tourbillon des belles eaux claires qui arrivent directement des chutes plus en amont. Ah, quel bonheur, mais n'est-ce pas un grand mot pour de si menus plaisirs ? quand au bout de quinze à vingt interminables minutes, de celles qui semblent durer des heures, en allongeant et retirant lentement  l'amorce  constituée de deux asticots gigotant de concert ,sur l'eau agitée  tout à coup une secousse  brutale et répétée m'avertit que le poisson avait mordu et qu'ensuite le bouchon en liège que j'avais fabriqué moi-même goûtant peu ceux du commerce, descendit vers le fond tapissé d'algues  et de cailloux à cet endroit, comme une flêche habilement lancée.

    C'était un gros, je le mesurai à sa  résistance,  peut-être un saumon remontant le courant ou un brochet en goguette ? Je le laissai filer, lui donnant du fil et suivant sa course folle et désespérée avec ma canne tendue à l'extrême et puis , relevant la gaule à la force du poignet, ce qui me permit de constater comme celui-ci s'était bien remis de ma dernière chute de vélo, une truite colorée étincelante dans l'éclat du soleil levant fila dans les airs et se mit à sauter au milieu des ronces fraîchement coupées  par l'employé municipal chargé de l'entretien des rives  et des herbes pleines de rosée.


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