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    (le jeu de Lakévio)

     

    robert kenton_nelson_waitingforachange

     

    Le feu vient de passer au rouge. Il protège une seule petite rue sur la droite où il ne passe pas grand monde. La petite bonne femme sur son vélo regarde bien et, voyant qu'il n'y a personne, ne veut pas casser son élan en s'arrêtant pour rien. Dans le panier arrière de son vélo on voit dépasser des poireaux et une baguette de pain. Il fait beau et ça la rend toute gaie.

    Pfuiiiiit

    Deux policiers dans une voiture la doublent et se mettant devant elle la forcent à s'arrêter. Un sort : "Madame vous venez de brûler un feu ! "

    "Heu, oui mais j'ai bien regardé avant"

    "C'est une infraction au code de la route ! "

    " Mais je suis à vélo !"

    "Et alors ? Vous n'êtes pas dispensée de suivre les lois ! Je pourrais vous mettre une amende ! "

    "Je ne le referai plus"

    "Je devrais vous verbaliser"

    "....."

    "Bon, ça va pour cette fois, mais que je ne vous y reprenne plus!"

    "Je peux partir ?"

    Le policier retourne dans sa voiture.

    La petite bonne femme n'en revient pas. Elle pense que dans la cité à quelques km de là, des cailleras terrorisent les populations, elle pense qu'il y a de plus en plus de cambriolages dans le coin, elle pense à la menace terroriste, elle pense aux voitures qui commettent de vrai infractions et mettent la vie de piétons ou d'occupants d' autres voitures en danger.

    Et ça lui rappelle un truc du passé, lorsqu'elle était au Lycée. C'était une bonne élève, un peu timide et pas dissipée pour un sou. Il y avait un professeur extrèmement chahuté. Un jour que des élèves montaient quasiment sur les tables pour faire les clowns, elle avait dû sourire ou quelque chose comme ça. Le professeur s'était écrié : "Mademoiselle C. (elle) vous serez convoquée chez le proviseur ! ". Il n'avait rien dit aux élèves sur les tables par contre.
    Elle n'avait pas très bien  dormi la nuit et le lendemain elle attendait devant la porte du Proviseur. Pas si angoissée que ça finalement car elle trouvait la situation plutôt incongrue.
    Le Proviseur l'a accueillie d'un air sévère et a ouvert son dossier et l'a parcouru. Il s'est adouci, perplexe "je ne comprends pas". "Moi non plus a dit la jeune fille, pourquoi s'en est-il pris à moi alors que toute la classe se déchaînait ? ". Le Proviseur a donné quelques explications vaseuses sur l'âge du Professeur, sa personnalité puis lui a recommandé d'avoir un comportement irréprochable et de continuer à bien travailler.

     

    (c'est du vécu bien sûr)


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    (le jeu de Lakévio)

     

    david hockney 70

     

    "han, han ! "

    (tiens je ne l'avais pas remarqué cette fissure au plafond, il fait trop sec c'est la peinture qui craquèle. Il faudrait le  faire repeindre, depuis le temps que je le dis)

    "han ! han ! "

    (blanc ou blanc cassé ? Bah le blanc devient vite blanc cassé, autant prendre blanc alors)

    "han ! han ! Tu aimes comme ça Chérie ?  Et là ? Han han !"

    "Oui oui, c'est bon !"

    "Et là et là ? Hein ?"

    "Oui "

    "Tu n'as pas l'air d'apprécier plus que ça, Han .. "

    "Si si ! Oh mon chéri ! C'est super ! " (d'un autre côté, si je fais faire le plafond je serai obligée de faire faire les murs aussi et les travaux c'est assommant, faudra tout débarrasser )

    "Han ! han !

    (blanc , tiens ça me fait penser : faut pas que j'oublie d'acheter des yaourts pour les gosses tout à l'heure, faudrait pas que ça dure trop d'ailleurs autrement le magasin va fermer...)

    "han ! han ! Haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa .... ffffffftttt

    "Haaaaaaaa" (ou jaune pâle, c'est bien aussi, "vanille", ce serait doux)

    (.....)

    "C'est pas pour me vanter , Chérie, mais ton Mec, il assure hein !"

    "Oui Chéri, tu es super ! "

    "T'es une petite veinarde hein ? Des comme moi y en a pas à tous les coins de rues ! Toujours prêt à faire plaisir à sa petite femme ! On dit "merci qui ?  ha ha !"

    "Merci Chéri  " (des poireaux ! Faut pas que j'oublie les poireaux surtout  pour le pot-au-feu de dimanche ! )


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    (le jeu de Lakévio)

     

    Ça a débuté comme ça. :

    C'est Maurice, le garde-chasse qui a remarqué la tâche de sang sur le rebord de la fenêtre. C'était du sang frais et il y en avait beaucoup. Il a sonné à la porte pour savoir si quelqu'un était blessé et s'il pouvait être utile.

    Le Père Jean a ouvert, comme à chaque fois Maurice a eu un mouvement de recul face à ce géant barbu, on dirait un ogre pensait-il à chaque fois, ce souvenant des contes de sa jeunesse . Mais il était garde-chasse, un garde-chasse n'a pas peur  . "Ya t'y quelqu'un de blessé  ? a demandé Maurice, j'ai vu une tâche là "

    "Ouais ! C'est la Marie qu'a voulu découper le lièvre que le P'tit a ramené c' matin. C'est pas d'chance, elle a trébuché avec le couteau et elle s'est saignée comme un pourceau ! Ca a éclaboussé partout, j'avions pas vu qu'il en restait sur la f'nêtre"

    "Et la Marie, comment elle va ? "

    "Pensez donc, Maurice, à plus de quatre-vingt ans, ça a plus d'sang  ! S'est vidée en un rien de temps. L'est décédée"

    "L' docteur n'a rien pu faire ? "

    "Voyons,  croyez qu'on l'a appelé ? On a bien vu qu'elle était passée, à quoi bon dépenser des sous ? Déjà l'véto pour la vache l'autre fois...c'est des frais. On en a point trop! "

    " Mes condoléances alors Père Jean, à vot'Dame aussi, perdre sa Maman c'est toujours ben d'la peine".

    "Sûr que ma femme elle la pleure sa Maman et l'travail que ça lui a donné de tout nettoyer, le sang qu'a giclé partout. Déjà qu'elle en avait du travail avec la vieille qui s'contenait plus. Fallait laver les draps tous les jours, les habits aussi. Toujours les mains dans la lessiveuse la Germaine, l'en avait des engelures que ça guérissait jamais."

    "C'est beau d's'occuper d' ses parents comme ça"

    "Oh ça, et pour c'qu'elle en avait de reconnaissance ! Toujours à la houspiller ! Faut pas dire du mal des morts, mais celle là...on portera pas peine ! "

    " Ah bon ? Mais dites moi, comment ça s'est passé ? Si elle est tombée, la lame du couteau elle devait pas être pointée vers elle ?  Et le lièvre il est où ? "

    "Quel lièvre ?  Ah oui le lièvre ! L'était couvert du sang d'la vieille, j'lai donné aux chiens, on pouvait pas le manger quand même ! On n'est pas des bêtes, c'était l'aieule quand même  !"

    " J'peux parler à la Germaine ?"

    "L'est endeuillée, Maurice, faut la laisser tranquille. Elle vous parle'ra un aut' jour "

    "Et le p'tit ? "

    "C'était pas une place pour un gamin d'voir sa Mémée dans c't'état, déjà qu'il l'aimait pas beaucoup, elle arrêtait pas de lui balancer des tornioles. En plus des miennes ça f'sait beaucoup pour un mioche. Mais les miennes c'est d'l'éducation hein ? Faut c'qui faut !  Dès qu'c'est arrivé, on l'a envoyé chez l'tonton au hameau. Les gosses faut les tenir à l'écart des affaires des grands, non ? "

    "Et la mémée, elle est où ?"

    "Elle repose sur son lit. On a appelé l'curé, même si c'était trop tard. Elle s'ra enterrée samedi matin".

    "Mais c'est l'jour du Marché , vous allez l'manquer ? "

    "Allons, Maurice ! Vous croyez qu'on peut s'permettre d'pas y aller ? Avec les frais qu'on a ! Que c'est le seul moment où l'on peut gagner quequ' sous ! La Germaine avec ses oeufs, ses poulets et ses légumes, et moi avec les bestiaux ".

    "Il parait qu'la Mémée elle avait des économies ?"

    "Faut pas croire tout s 'qui s'dit. L'avait rien. Rien de rien."

    "Pourtant Madame Polant, l'aide ménagère, qu'on lui avait envoyée après son col du fémur disait que..."

    "La Polant c'est une brave femme, mais elle s'trompe c'est tout. Bon, le Maurice, c'est pas que j'm'ennuie à parler avec vous, mais y a les poules et les lapins à panser puis les vaches à traire. Sûr que maintenant la Germaine sera moins occupée et pourra m'donner un coup d'main, ce sera pas d'refus, mais j'lui laisse la journée pour son deuil"

    Maurice prit congé et alla se prendre un petit calva au café de la Place, il en avait bien besoin.

    La Marie fut enterrée le samedi matin. Maurice ne put pas y aller car il avait réunion à la Mairie mais on en parla au bistrot le lendemain  et ce qu'il apprit fut qu'en fait, Madame Polant déléguée par la famille avait seule suivi le corbillard.


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  •  (je jeu de Lakévio)

     

    paul rafferty

     

    Ils sont déjà là, ils m'attendent. Comme convenu en haut de l'escalier. Ca leur permet de voir loin et de surveiller que je n'ai pas été suivie ou accompagnée. En même temps à six heures du matin il n'y a pas grand monde dans la rue, ils sont malins.

    J'ai peur. Je serre contre moi la malette pleine de billets. Ca n'a pas été simple de réunir cette somme en liquide. Et me voici endettée pour le reste de ma vie.
    Je n'arrive plus à avancer. Je tremble. J'ai peur de lire dans leurs yeux qu'ils m'ont bien eue et que jamais ils ne me rendront Lucas. C'est ça qui me fait le plus peur : qu'ils rigolent en prenant l'argent ou même qu'ils me le disent. Mon Dieu...

    IL n'y a personne dans cette ville, elle est vide. Je suis seule au monde avec ma peur. Plus rien n'existe pour moi à part les mots qu'ils vont prononcer là, dans quelques minutes, lorsque je leur remettrai la malette. Ma vie tient à ça. S'ils me disent qu'il est mort j'irai me jeter sous le métro. Direct.

    Je n'en ai parlé à personne. C'est ce qu'ils m'avaient ordonné "si vous voulez revoir votre fils". Et puis si j'en avais parlé, à ma mère, par exemple, elle m'aurait dit d'appeler la Police. Tout le monde m'aurait dit ça.

    Comme il doit avoir peur mon petit garçon, pourvu qu'ils ne lui aient pas fait de mal, juste enfermé quelque part en attendant de me le rendre. En tout cas il n'est pas avec eux là, je ne vois pas d'enfant. Peut être dans une voiture non loin et ils vont le laisser sur le trottoir en démarrant ?  Oh ce serait tellement merveilleux...

    Bon il faut que j'y aille. S'ils m'attendent ça risque de les mettre de mauvaise humeur. Je crois qu'ils sont trois. Respirer profondément, avancer, un pas après l'autre. Six nuits que je n'ai dormi qu'avec des somnifères, je vois à travers un brouillard. Ma vie se décide dans deux cent mêtres, Lucas mon amour...

    "Vous êtes en retard !  Le compte y est ?"

    "Oui, je...."

    Il m'a arraché la malette et ils s'engouffrent dans une grosse voiture qui vient de s'arrêter juste devant nous. Quatre donc. Ils démarrent en trombe. Ils ne m'ont rien dit. Pas un mot. Quelques voitures passent, un ou deux piétons se hâtent vers le travail. Je regarde par terre, ils ont peut être laissé un mot ? Où est mon fils ? La tête me tourne, j'ai envie de vomir, il commence à pleuvoir et je reste là, sous la pluie, en haut de cet escalier c'est le seul endroit que nous ayons en commun eux et moi. A part mon numéro de téléphone qu'ils ont trouvé dans le cartable du petit lorsqu'ils l'ont enlevé à la sortie de l'école. Ma  mère avait raison je n'aurais jamais dû le mettre dans cette école privée rempli de gosses de riches, mais rien n'était trop beau pour mon Lucas. Ca a été sa perte, notre perte.

    Il ne reviendra pas. Je sais ce qu'il me reste à faire, j'ai trop mal, ce n'est pas supportable, je ne peux pas vivre sans lui.

    (dring...)

    C'est peut être eux ? Que vont-ils m'annoncer ?

    - Madame Brament ?

    - Oui

    - Mathilda De Bonsavoir, Directrice du Cours Cluny. Je suis au regret, Madame, de vous demander de venir chercher votre fils. Tout de suite ! Nous sommes, Madame, un Etablissement de tout premier plan avec une exigence de tenue et de correction. Madame nous ne pouvons pas accepter votre fils ce matin dans un tel état de crasse et de débraillé, en plus il a l'air malade et tient des propos incohérents. Déjà que faisait il bien avant l'heure, sous la pluie devant le portail, pensez à l'image de l'Ecole, ce n'est pas un refuge pour miséreux ou je ne sais quoi !  Je suis désolée mais je ne suis pas certaine que nous puissions le garder après cet incident regrettable...."

    - Je vous en prie, gardez le encore une vingtaine de minutes, j'arrive tout de suite ! Dites lui que sa Maman arrive et que nous allons repartir à la maison et dites lui que je l'aime ! Oh je suis tellement heureuse !!!

    - Mais enfin, Madame ...?


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  • Darren Thompson

     

    "Tu as l'intention d'y aller ? "

    "Pas très envie mais comment faire autrement ? "

    "Franchement elle nous enquiquinne avec ses mariages ! C'est le troisième quand même ! "

    " C'est son boulot ! "

    " Mais non elle ne travaille pas ! "

    "Mais si ! C'est du boulot de se dégotter un vieux riche, si possible sans enfant, qui a le bon goût de mourir rapidement. Je t'assure qu'elle gagne plus que si elle faisait ses 35 heures ! "

    "Ok le premier, il avait dépassé les quatre-vingt mais le deuxième non "

    "Mais voyons, il était très malade ! A croire qu'elle a écumé un hôpital pour le trouver !"

    "C'est exact ! Elle m'avait dit qu'elle l'avait rencontré lorsqu'elle était au chevet du premier à la clinique. Je me demande comment va être le troisième ..."

    "Nous le saurons samedi ! Tu as remarqué les faire-part sont de plus en plus grands et luxueux !"

    "Ben tu as vu la salle qu'ils ont réservé ? Le grand luxe !  Il va falloir que je m'achête une nouvelle robe, ça va faire des frais, plus le cadeau.. avec Jérome au chômage et mon petit salaire..."

    "Oui et tu as vu qu'il y a des rumeurs de licenciement dans notre Service ? C'est pourquoi nous ne partons pas cette année, les enfants iront au Centre Aéré et voilà tout."

    "Il en dit quoi Gérard ? "

    "Gérard il est aigri. Le travail de nuit ne lui réussit pas, il n'arrive pas à récupérer dans la journée . Alors il est à cran. On n'arrête pas de se disputer. Devant les gamins en plus ! "

    "C'est comme Jérome, il ne veut pas le reconnaître mais je pense qu'il fait de la dépression. Il voit tout en noir, il me plombe. Je t'avoue, parfois, j'en ai marre. J'ai l'impression que seule je m'en sortirais mieux. Et ce qui m'énerve c'est qu'après ma journée lorsque je rentre, il n'a rien préparé, rien fait, même pas vidé une machine, il doit passer son temps devant la télé. Nous aussi on ne va pas partir pour les vacances, on ira juste chez ses parents, en Creuse. "

    "Celle qui s'en sort bien c'est Josiane !  Elle t'a dit qu'ils partaient aux Seychelles pour leur voyage de noce ? "

    "Oui. Franchement je me demande si ce n'est pas elle qui a raison ? Tu te souviens, elle nous le disait au Lycée qu'elle n'avait pas l'intention de galérer toute sa vie et d'épouser un gagne-petit."

    "Quand j'ai décroché mon diplôme elle a rigolé : "tu vas gagner des mille et des cents avec ça !" et, tu te souviens, elle nous montrait ses jambes en riant : "voici mon diplôme à moi  !"

    "Nous n'étions pourtant pas moches nous non plus".

    "Non."

     

     

     

     


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