• Bye bye

    devoir de lakevio du gout_23.jpg

    Elle était arrivée exprès un quart d'heure en avance pour bien réfléchir aux mots qu'elle allait employer.

    Comment faire accepter l'inacceptable ? Surtout à quelqu'un d'aussi fragile, qu'une pitchenette pouvait expédier dans un gouffre de dépression !

    Elle avait déjà essayé une fois, il y a quelques années, il avait menacé de se donner la mort. "Mais je ne suis pas la seule femme au monde ! " "Pour moi tu es la seule, je n'en veux pas d'autre".

    Les choses étaient différentes maintenant : il y avait les enfants. Il était père de famille et comme sa décision impliquait de les lui laisser, il n'aurait d'autre choix que de continuer à vivre pour eux. Ils étaient tout petits encore, ils demandaient une attention de tous les instants, il n'aurait pas le temps de s'écouter !

    Quelle bétise elle avait fait d'épouser ce type immature et fragile et en plus de lui avoir donné deux enfants! Déjà chez l'ainé, prompt à pleurnicher pour un rien, elle avait reconnu la faiblesse du père. Samantha lui ressemblait davantage et bien que de deux ans plus jeune menait déjà son frère par le bout du nez. Mais il ne fallait pas qu'elle pense à eux. Pas maintenant, et même après : le moins possible. Elle s'était imaginé que ça ne serait pas difficile, c'était si ennuyeux de s'occuper d'eux à longueur de journée ! Mais à mesure que la date approchait elle sentait une angoisse l'étreindre par moments. Pourtant sa décision était prise. Benoit, son merveilleux Benoit, ne voulait pas des enfants "peut être, à la rigueur, quelques jours pendant les vacances scolaires mais pas plus, je veux que nous vivions notre passion librement".
    Il avait raison : un Amour comme celui-là ne se rencontrait qu'une fois dans une vie. Dès que leurs regards s'étaient croisés à cette fameuse soirée, leurs destins avaient basculé une fois pour toutes.

    Il fallait donc qu'elle explique à Martin qu'elle allait les quitter tous les trois et qu'il allait devoir élever seul leurs enfants dont elle ne réclamerait qu'une garde épisodique (Benoit avait précisé qu'il essaierait de faire coïncider ses voyages d'affaires avec leurs venues car il n'avait aucune envie de les cotoyer. Ca l'avait un peu peinée lorsqu'il avait dit cela mais il l'avait tout de suite prise dans ses bras et elle n'y avait plus pensé, après tout elle avait bien le droit de penser à elle, on ne laissait pas une chance pareille vous échapper ou on le regrette tout le reste de la vie !

    Ca n'allait pas être facile d'expliquer les choses à Benoit ... elle voyait déjà son air de chien battu, ses épaules affaissées et peut-être même ses larmes. Elle allait devoir le secouer pour le rappeler à ses devoirs de père !

    C'est pourquoi elle avait choisi ce café désert, même s'il se donnait en spectacle, il n'y aurait pas de témoin !

    Elle s'attendait à un moment difficile, moment qu'il ne fallait pas faire durer indéfiniment : c'est pourquoi elle avait préparé ses valises en cachette, elles étaient dissimulées sous une bâche dans le garage, car elle partirait ce soir même, une fois tout le monde endormi. Un coup de fil et Benoit sera devant la porte. 

    Et s'en sera fini de cette existence ennuyeuse et terne ! Benoit habitait une grande maison en bord de mer, elle y avait passé déjà bien des après-midi. Du lit ils pouvaient entendre le ressac de la mer sur les galets. Mais ils allaient aussi beaucoup voyager lui avait-il promis, descendant dans les meilleurs hôtels, séjournant dans des lieux enchanteurs...

    La porte du bar s'ouvrit brusquement la tirant de ses rêveries, Martin apparut, absurdement drapé dans une écharpe rouge vif jurant avec son duffle-coat moutarde (toujours ses tenues de soixante-huitard attardé, de Professeur Tournesol comme le surnommaient ses élèves...) et s'avança vers elle avec un regard inquiet. "Pourquoi m'avoir demandé de venir ici, on aurait pu parler à la maison" lui demanda-t-il en s'asseyant.

    "La maison ne s'y prêtait pas" dit elle, et elle se lança...


  • Commentaires

    1
    Lundi 20 Janvier à 21:20
    le-gout-des-autres

    Ça me rappelle pourquoi on parle de "laisser la proie pour l'ombre" dans ce genre d'histoire

    .

    2
    Mardi 21 Janvier à 16:19
    Gwen

    Il est probable que son parcours ne sera pas semé de roses aussi longtemps qu'elle le croit !

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