• café bouillu, café foutu !

     

     

    (le jeu de Lakevio)

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     Plus d'une heure que je l'attends . Il ne viendra plus. Je vais rentrer chez moi et oublier cette sottise. J'ai du repassage à faire. Et ce soir j'accueillerai Paul comme tous les soirs et il ne saura pas qu'aujourd'hui, pendant qu'il recevait ses patients, sa vie a failli basculer. Ni que, pendant que nous dînerons et que je l'écouterai en souriant, mon coeur sera brisé.

    Il y a dix ans j'ai vécu cette folle passion avec Damien. Je le retrouvais tous les jours après avoir déposé les enfants à l'école. Son métier de musicien lui permettait d'être aussi libre que moi. Ce fut un tourbillon pendant environ six mois, j'avais l'impression de revivre ! Je me sentais belle et désirable.

    Mais la réalité nous a rattrapés : D'abord il a eu cette proposition de contrat totalement inespérée, aux Etats Unis et ensuite moi j'avais de plus en plus de mal à jongler avec mon emploi du temps. Les enfants , avec leur redoutable instinct, sentaient que leur maman avait souvent la tête ailleurs et ne leur était plus totalement dévouée. Paul devenait suspicieux et se plaignait de l'affadissement de nos relations. Ma mère me reprochait de ne plus lui consacrer de temps. Même le chien qui n'avait plus son content de sorties au parc ! La maison aussi était en jachère, je faisais juste le minimum.
    Je m'étais dédoublée : mon corps était là, dînait en famille, se promenait en famille, faisait faire les devoirs, donnait la réplique à Paul, répondait aux enfants. En quelque sorte en fonctionnement automatique ! Toutes mes pensées étaient auprès de Damien. Plusieurs fois j'ai frôlé la catastrophe. Comme cette fois où Lilian a été malade à l'école et qu'ils n'ont pas réussi à me joindre de toute la journée. "Mais où donc étais-tu ?" m'a demandé Paul.  Et d'autres fois encore. Ce n'est pas facile à mener une double vie !

    Donc une triste journée de novembre on s'est dit adieu. L'avion de Damien décollait  deux heures plus tard. Nous pleurions tous les deux et en même temps, parallèlement à mon désespoir, je me demandais comment j'allais expliquer mes yeux gonflés au retour...

    C'est Damien qui a eu l'idée. Il m'a dit : "Il ne faut pas qu'on s'écrive, ni qu'on se téléphone, il faut qu'on reprenne notre vie d'avant, autrement ce sera trop dur. Par contre, parce que je ne supporte pas l'idée de "plus jamais"  on va se donner rendez-vous dans dix ans jour pour jour. Tu te souviens du café sous les arcades où je me suis déclaré ?"

    Bien sûr que je m'en souvenais !

    Avec les années mon chagrin s'est un peu apaisé. Je me suis consacrée aux enfants, ils m'ont apporté beaucoup de bonheur. Puis ils sont partis vivre leur vie. Notre relation avec Paul sont devenues une amitié tendre, ce n'est pas si mal. Maman est morte, je me suis beaucoup occupée d'elle ses dernières années. Mais j'ai gardé au fond de moi ce rendez-vous du 9 novembre.

    Mais il n'est pas là. Il a dû se marier, avoir des enfants. Il était plus jeune que moi. Il m'a oubliée ! Comment aurait-il pu en être autrement ? " Garçon ! L'addition s'il vous plaît ! ". Et en plus il fait un temps de chien... normal en novembre... Allez ouste... arrête de rêver ma fille ! Une vraie midinette, pfff...

     

    "Excusez-moi Belle Dame, je peux vous offrir un autre café  ? Après dix ans l'autre devait avoir un goût de réchauffé, non ? "


  • Commentaires

    1
    Lundi 15 Mai à 21:04
    J'adore ce récit avec ce rendez-vous dix ans après... Peut être plus libres encore !... On lui souhaite de vivre à fond à cette belle dame !
    2
    Lundi 15 Mai à 21:21

    ce n'est pourtant pas moral, Dame Lakévio ! happy

    3
    Mardi 16 Mai à 16:26
    On pense que le rendez-vous sera manqué, et au dernier moment tout semble possible...
    Chouette aussi ce restaurant sous les arcades qui a résisté, pendant 10 ans, à une transformation en boutique de fringues!
    Beau récit
    Berne, le 16 mai 2017
    Jean-Jacques'60
    4
    Mercredi 17 Mai à 16:45

    merci Jean Jacques

    5
    Lundi 22 Mai à 15:03

    Pas morales sans doute ces retrouvailles... mais les midinettes y trouveront leur compte. Et puis... ce n'est pas pour de vrai cette histoire !

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