• Demain on rase gratis

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    Pourquoi est-il venu ? Ce sont ses pas qui l'ont mené, pas lui. Un automatisme venu d'il y a deux ans. Deux ans déjà !

    Deux ans à traîner son désoeuvrement, deux ans de solitude.

    La solitude c'est de sa faute, il a toujours été un peu "ours".  Après la fermeture de l'usine, les autres ont pris l'habitude de se réunir pour une pétanque ou une belote. Ils ont su maintenir le lien, la camaraderie. Lui, non.  Il aurait dû y aller, dès le début. Maintenant il n'ose plus.

    Il n'a plus le chômage, alors il fait de petits boulots. Ca lui paye son tabac et sa bière. Il n'y a plus grand chose dans le coin, tant de boites ont fermé.

    Alors il est retourné vivre chez ses parents, dans sa chambre de gosse, avec les posters et les petites voitures. Ils lui prennent la tête, le prennent pour un gamin lui qui était indépendant.

    Il faut qu'il parte, qu'il se trouve un travail ailleurs, dans une autre région, plus ensoleillée par exemple. Il faut qu'il aille au Pôle Emploi pour leur demander s'ils n'auraient pas quelque chose dans le sud, qui sait ? Qu'il achète les journaux pour les petites annonces. Qu'il se démène quoi !

    Mais il n'y arrive pas. Il s'endort tard, scotché à la télévision et se réveille tard dans la matinée. Le plus souvent c'est son père excédé qui tambourine à la porte de sa chambre. Et puis la journée se traîne. Jusqu'au soir. Et tout recommence.

    Et dans ce contexte, pas de femme, bien sûr. Il les emmènerait où ? Chez Papa et Maman ? Sur le petit lit d'enfant ? Et comment leur payer le resto ou même le ciné? "On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre" dirait sa grand-mère, celle qui a perdu la tête mais pas les expressions. Et puis il n'aurait rien à leur raconter.

    "Il faut que tu te secoues" lui répête sa mère. Il va le faire. Demain ? Ou la semaine prochaîne, oui c'est ça : lundi ! Lundi il se lèvera tôt pour acheter le journal et il répondra aux annonces. Voilà qui va leur faire plaisir aux vieux de le voir revenir avec le journal ! Ils lui ficheront un peu la paix !


  • Commentaires

    1
    Lundi 16 Septembre à 14:15

    L'image n'inspirait pas la gaîté, tu n'as pas échappé à la règle. 

    2
    Lundi 16 Septembre à 15:41
    Gwen

    Tu as parfaitement campé les velléitaires  que  trop d'hommes désespérés sont devenus...

      • Lundi 16 Septembre à 18:16

        c'est aussi la dépression

    3
    Lundi 16 Septembre à 16:26
    le-gout-des-autres

    Il est tellement plus facile d'avoir du ressort pour les autres...
    Tu as bien peint la chose, ce côté désespérant des choses inefficaces qui durent au point qu'on n'a plus envie de faire quoi que ce soit et autour tous ceux qui te disent "mais secoue toi !"
    Le chômage, apparemment, c'est une dépression qui est autant nerveuse qu'économique...
    Je trouve ton devoir" très bon ! ;-)

    4
    Lundi 16 Septembre à 17:31

    De la tristesse et du désespoir ici également. Mais quand même une note optimiste à la fin, en espérant qu'il va se ressaisir.

      • Lundi 16 Septembre à 18:17

        franchement je ne crois pas...

    5
    Lundi 16 Septembre à 18:49

    On pense que demain on pourra, et demain se passe et un autre demain...

    Compliqué de se sortir de cette spirale infernale !

      • Lundi 16 Septembre à 22:56

        oui, c'est une pente

    6
    delia
    Lundi 16 Septembre à 19:09

    C'est un engrenage pervers. Felix Leclerc le chante trés bien, la meilleure façon de tuer un homme, c'est de l'empêcher de travailler. C'est ce à quoi abouti cette situation déboussolante. Nombreux sont ceux qui en ont fait les frais.

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