• Deux versions : victime ou bourreau ?

     

     (le jeu de Lakévio)

     

    david hettinger - chenoa-and-bear

     

    Je déteste les week-ends mais surtout, surtout, les dimanches. Samedi, au moins, j'arrive à m'occuper un peu, hier je suis allée m'acheter ces fleurs, comme personne ne m'en offre il faut bien que je me les achête, et puis il y a le marché.
    Mais aujourd'hui dans cette ville de Province tout est fermé, ville morte !  Je ne peux même pas aller promener Skippy, je l'ai déjà fait ce matin et il préfère dormir sur le canapé.

    Rien à nettoyer, rien à ranger, j'ai fait le ménage en grand hier après-midi, pour m'occuper, et il n'y a plus un brin de poussière. Vaisselle lavée, essuyée et rangée, de toutes façons une assiette et deux couverts, c'est vite fait.

    Je pourrais lire mais j'ai tellement lu cette nuit car je n'arrivais pas à dormir, je n'ai pas envie.

    Je pourrais aussi aller voir mes parents, eux aussi sont seuls, enfin seuls... au moins ils sont deux ! Mais ma mère va me seriner que je dois trouver quelqu'un "je me demande ce que tu attends à ton âge !! Moi j'ai connu ton père à dix-huit ans, .." et gna gna gna..

    Bien sûr je ne peux pas leur dire que je ne suis pas seule, que j'ai quelqu'un. Mais qui n'est jamais libre le week-end. Ni pour les vacances.

    Je sais où il est en ce moment : dans sa belle-famille avec sa femme et ses enfants. A cette heure-ci le repas dominical doit être terminé. j'imagine bien la scène : Madame doit aider sa mère à ranger la cuisine, le beau-père a dû aller faire la sieste, et mon Amour, l'être que j'aime le plus au monde, doit surveiller les enfants dans le jardin, leur apprendre à faire du vélo, les pousser sur la balançoire.

    Je suis trop malheureuse !!

    Il me dit qu'il n'aime pas y aller, qu'il s'y ennuie, qu'il n'arrête pas de penser à moi et qu'un jour ça en sera fini de cette existence routinière, etc...

    Mais quand ? Trois ans que ça dure... Je vois bien qu'il est fou de ses enfants, il faut voir quand il en parle, comme il s'anime soudain, comme il sourit.

    Je n'arrive plus à croire en ses promesses :  il ne les quittera jamais et moi je finirai seule.

    C'est ce que m'a dit Joëlle : "quitte ce salopard ! " d'ailleurs je ne la vois plus.

    Je ne vois plus personne. Mes autres amies sont en famille le soir et le  week-end et en semaine je n'ai pas le temps puisque Daniel et moi nous ne nous quittons pas, il faut dire que je passe mes journées avec lui puisque c'est mon Patron et inutile de préciser que nous ne travaillons pas toujours ! Du lundi matin au vendredi soir .

    Mais que les week-ends sont longs...

     

    Version deux

    Mon salon est comme je l'aime : impeccable !

    Je me suis achetée des fleurs, le soleil de ce dimanche après-midi les éclaire et fait ressortir le velours de leurs pétales. J'ai disposé de beaux objets sur la table basse et un plaid aux tons chauds sur le divan.
    Je me suis habillée avec soin de belles etoffes précieuses et me suis fait un chignon haut qui met en valeur l'ovale parfait de mon visage.

    Skippy dort à côté de moi. Ce matin je lui ai fait faire une grande promenade au parc où j'ai pu saluer les Grimbert qui promenaient leurs trois enfants et Madame de Fontenoy avec son caniche, Milord.

    Tout est donc parfait, en ordre, comme j'aime.

    En fin d'après midi je retournerai au parc pour la deuxième promenade de Skippy. J'espère que j'y rencontrerai encore du monde. Ils pourront ainsi témoigner combien ils m'on trouvée calme et sereine. Exactement comme un dimanche normal.

    Avant cela je me ferai un thé , à seize heures exactement, que je boirai avec les sablés que j'ai confectionné ce matin. Mon service de Limoges est déjà près sur un plateau sur la table de la cuisine. Avec bien sûr la friandise de Skippy.

    En revenant de promenade il sera temps pour moi d'appeler la Police, après avoir ouvert la porte vitrée de la chambre qui donne sur le jardin. Ils verront aussi la lampe renversée, les diverses traces de lutte que je crois avoir bien réussies , même si je dois prendre sur moi pour ne pas y aller à l'instant pour tout ranger et tout nettoyer, l'idée que cette pièce n'est pas impeccable me rend malade. Mais je n'ai pas le choix. C'est sûr, j'ai beau y réflêchir, je n'arriverai pas à ravoir le tapis, il aurait fallu mettre du détachant tout de suite mais c'était impossible. Quel dommage...

    Je dois être patiente : dès le lendemain, quand il n'y aura plus le cadavre d'Edmond, je pourrai faire le nécessaire pour que la chambre retrouve sa perfection. Tiens , d'ailleurs, j'achêterai aussi des fleurs pour donner une ambiance chaleureuse, des hortensias bleus, c'était les fleurs préférées de ce cher Edmond !


  • Commentaires

    1
    Lundi 24 Juillet à 11:56

    Tu nous gâtes, deux versions pour un tableau ! Mes tes dames du dimanche ne sont pas de tout repos,plutôt de l'éternel repos !... hihihi ! La première est d'un ennui à mourir. Je déteste ces femmes qui croient aux promesses d'un homme casé, juste profiteur d'un peu de liberté et au travail, en plus ! Quelle sotte !

    La seconde fait froid dans le dos. Impeccablement calculatrice comme son plan élaboré froidement. Je ne sais pas ce que lui a fait Edmond, mais le voir répandu, salissant le tapis, beurk ! (C'est peut-être mon Edmond avant qu'il n'engendre ses filles, Paule ne supportait pas qu'il la touche... J'ai du mal à maîtriser mon imagination !...)

    Merci et bises.

      • Lundi 24 Juillet à 14:06

        c'est rigolo que nous ayons toutes les deux choisi le même prénom !! (le classique et l'époque de la photo peut être ?).

        Le mien c'est pas compliqué : il mettait ses chaussettes sales à côté du panier, entrait sans s'essuyer les pieds, mettait des miettes par terre, ne rebouchait pas le tube de dentifrice, t'as vu comme elle est maniaque ! ?

        (moi aussi je maîtrise mal ...smile

    2
    Sophie
    Lundi 24 Juillet à 15:39
    Sophie

    Idiote back street dans la première

    Cynique maniaque dans l'autre,

    tu gâtes tes lecteurs. Les deux versions sont aussi bonnes l'une que l'autre.

    3
    Lundi 24 Juillet à 21:53
    jacou

    De l'ennui à l'action, il n'y a qu'un pas...

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