• Du passé faisons table rase

     

    devoir de lakevio du gout_22.jpg

    Bon je ne vais pas recommencer le couplet nostalgique sur ma maison de campagne hein... il faut que je trouve autre chose.. Voyons...

     

    Elle était là, devant lui, la maison de son enfance. Il gara sa voiture et arrêta le moteur. Il ne se décidait pas à sortir, pourtant ses muscles endoloris par le long voyage ne demandaient pas mieux. Non, il préférait, pour le moment, la contempler de loin.  A nouveau cette boule au ventre, celle qui avait disparu toutes ces années, mais que la vision de ces lieux avait fait renaître. A croire qu'elle était restée là, tapie, tout ce temps.

    Il fallait y aller maintenant, courage ! De toute façons, il n'y avait plus aucun risque maintenant, on ne pourrait plus jamais lui faire du mal.

    Il sortit de la voiture et s'avança lentement. Il avait envie de fuir, de remonter dans sa voiture et de repartir aussitôt. De repartir vers sa vie d'homme, son appartement en ville, ses amis, sa  jeune femme, tous ceux qui ne savaient rien...

    Mais non, il était un homme maintenant, plus un petit garçon apeuré, il devait aller au bout de cette démarche, surmonter l'angoisse qui, au fur et à mesure qu'il approchait, menaçait de le submerger.
    Il essaya de maîtriser le tremblement de sa main lorsqu'il tourna la poignée de la porte d'entrée et s'immobilisa dans l'entrée sombre et poussiéreuse, il n'arrivait pas à faire un pas de plus, il avait envie de pleurer, comme un gamin, à quarante ans !

    "Ah le petit Jean ! s'écria la voisine qu'il reconnut à peine tellement elle avait vieilli "mais tu es devenu un bel homme ! "

    "Bonjour Madame Meillot"

    "Ton pauvre Papa, je l'ai trouvé hier après midi, rassures-toi il n'a pas souffert . Mais dis-moi, ça ne me regarde pas mais tu aurais pu lui donner des nouvelles depuis toutes ces années. Il s'en plaignait souvent, disait que tu les avais abandonnés, lui et ta pauvre maman, Dieu ait son âme. Les parents, tu sais mon petit Jean, tu veux bien que je t'appelle encore ainsi ? on les perd un jour et après on regrette... Bien sûr je n'étais pas aveugle, je sais que ton père n'était pas commode tous les jours, mais , après tout, ça forge le caractère, vois l'homme solide que tu es devenu ! "

    Jean senti une nausée lui venir : "la Police est quand même venue une fois, suite au signalement de la maîtresse d'école"

    "Oui, bah... c'est vrai qu'il avait la main lourde parfois, mais les gens exagèrent toujours, cette jeune instit faisait du zèle, mais tu n'en es pas mort n'est-ce-pas, et au contraire je suis sûre que ça t'a rendu plus costaud ! Tes pauvres parents, tu leur a bien manqué depuis..."

    Jean, hors de lui, se mit à crier : "ils m'ont martyrisé Madame Meillot, vous savez ce que ça veut dire ? Comment osez-vous ! Et vous vous n'avez rien vu, rien entendu bien sûr !!

    Il s'arrêta tout net, en état de sidération. En le criant ou pas c'était la première fois qu'il prononçait ces mots et surtout qu'il mettait des mots sur la chape de non-dit qui écrasait ses épaules depuis tant d'années. Le stress d'être revenu ici et la bêtise crasse de cette femme qui maintenant, prise en défaut, s'était refermée sur sa bonne conscience offensée, l'avaient en quelque sorte libéré. Il les avait prononcé, les mots, brisé la loi du silence imposée dès sa plus tendre enfance.

    Qu'était-il venu faire ici ? Regarder un cadavre qu'il n'avait surtout pas envie de revoir, s'occuper de démarches qui ne le concernaient pas et surtout subir l'assaut des souvenirs douloureux qui l'attendaient à chaque recoin de cette maudite maison, souffrir encore ?

    Une fois les mots prononcés il ne se sentit plus aucun devoir. Il quitta la pièce, sortit de la maison, monta dans sa voiture et tournant définitivement cette fois le dos à son passé, il partit retrouver la vie qu'il était parvenu à se construire.


  • Commentaires

    1
    Lundi 13 Janvier à 13:13
    alainx

    Ce texte est certainement une fiction.

    Mais dans la réalité, j'ai rencontré des cas tout à fait comparables…

     

    et après on dira que « le silence est d'or ! »…

     

      • Lundi 13 Janvier à 13:29

        oui c'est une fiction, heureusement pour moi ! Le silence est un tueur.

    2
    Mercredi 15 Janvier à 13:33
    PAssion Culture

    C'est cela la grandeur de l'écriture : rendre beau un texte qui parle de noirceur !

    3
    Sophie
    Mercredi 15 Janvier à 20:52

    ça fait mal ton texte, même si on s'attend à ce qu'il va dire, enfin.

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