• l'espace d'un instant

     

    Mais voilà qu'il flotte...

     

    john-salminen10

    John Salminen

     

    "En haut de la rue Saint-Vincent, un poète et une inconnue,
    S'aimèr'nt l'espace d'un instant, mais il ne l'a jamais revue.
    Cette chanson, il composa, espérant que son inconnue,
    Un matin d'printemps l'entendra quelque part au coin d'une rue."

    (La Complainte de la Butte)

     

     

    C'est de "l'espace de l'instant" que je voudrais que vous me parliez

     

    Elle rentrait chez elle au volant de sa voiture, elle rentrait vers le désastre. Ou bien, elle n'en était plus sûre, était-elle à pied ?  Elle ne se dépéchait pas. Qui aurait hâte de se retrouver dans cette maison désertée par ceux qu'elle avait tant aimé et qui étaient, l'un après l'autre, partis étrenner leurs ailes neuves vers d'autres cieux ?

    Il restait un mari taiseux, surtout préoccupé de ses propres rêves et d'une vie professionnelle trépidante.

    Elle aussi aurait voulu du rêve, de la vie, mais il n'y avait que cette fin d'après-midi d'hiver avec la nuit qui tombait déjà, un crachin humide et froid et la perspective d'une soirée morne.

    C'est alors qu'elle le vit, sur le trottoir. Il arrivait vers elle. Il la regarda avec attention et esquissa un sourire. C'est plutôt rare de regarder la conductrice d'une voiture, même si elle est tout près, alors elle devait être à pied et marcher sur le même trottoir, l'un allant vers l'autre.

    Il était tout à fait à son goût : un beau visage fin, une tignasse, un regard franc posé sur elle. Qu'est ce qu'il pouvait bien lui trouver ? Une femme plus très jeune et un peu déprimée, sûrement pas beaucoup d'éclat.

    Elle n'était pas du genre à divaguer, à s'imaginer des choses mais elle eut pendant ces quelques secondes (et longtemps après)  l'absolue certitude qu'elle croisait ce que les romanciers appellent son "âme soeur", celui qui lui était destiné.

    Mais zut, pourquoi si tard ??

    Elle le croisa le coeur en déroute et continua son chemin (ou elle redémarra lorsque le feu repassa au vert) et rentra chez elle.

    Elle repassa souvent à cet endroit dans l'espoir d'une nouvelle rencontre mais cela ne se reproduisit pas. De toutes façons, pas plus que la première fois,  elle n'aurait rien osé dire ou faire.


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