• Le gros lot

     

     

    Le Jeu de Lakévio

     

    Dean Cornwell

     

    Ma chère Flora,

    Hé oui, tu vas être étonnée lorsque tu recevras cette lettre d'avoir déjà de mes nouvelles ! C'était il y a deux semaines à peine que nous nous pleurions dans les bras l'une de l'autre juste avant l'embarquement.
    Je sais combien tu désapprouvais mon départ pour le "Nouveau Monde" ! Tu aurais voulu que je reste avec toi chez Madame mais je te connais, ne recommence pas à pleurnicher, tu as Camilla et Carmencita, tu n'es pas seule. Et puis tu te feras sûrement des copines parmi les nouvelles .

    Je te l'ai dit : je ne m'entendais plus avec Madame. Parce que j'avais osé lui tenir tête à propos de la petite Zohra, bien trop jeune à mon avis, pour se venger, elle s'était mis à me réserver les pires de ces messieurs, ceux que les autres filles ne voulaient pas. Je n'en pouvais plus. C'est pourquoi j'ai sauté sur l'occasion lorsqu'on m'a parlé de cette Maison à New York. Ca ne pouvait pas être pire !

    Mais ça ne sera pas ! C'est encore mieux. C'est pour ça que je t'écris, pour te l'annoncer. Je suis tellement contente !

    Pendant la traversée, entre parenthèse c'est bien agréable de ne rien faire et le temps est excellent, il se trouve qu'un gringalet, le genre qui voyage avec sa maman, une vieille bique qui le surveille de près, s'est mis à s'intéresser à moi, puis à me faire la cour. Le fils-fils à sa maman, je suis sûre qu'il est encore puceau ! Et que je te jette des coups d'oeil énamourés, et que je rougis si je le regarde, ha ha ha !

    J'ai flairé l'aubaine, tu me connais... J'en ai tellement ma claque du métier ! C'était l'occasion qui ne se représenterai peut être plus une fois que je serai enfermée dans cette maison.

    Alors je suis allée dans son sens. J'ai joué la timide, l'effarouchée. Moi aussi j'ai rougi et baissé les yeux. Et ça a donné un peu d'assurance à ce grand couillon, c'est qu'il ne fallait pas perdre de temps, en plus avec la vieille qui ne le le lâche pas ! Heureusement qu'elle joue au bridge, ça nous a laissé assez de temps ... Pour quoi ? Ben pardi ! Pour qu'il se décide enfin à m'emmener dans sa chambre, ha ha !
    Et moi qui jouais la pudique, l'effrayée, devant son sexe riquiqui, mais ça ça me fera des vacances !
    Bref ça n'a pas été facile de jouer l'ingénue tout en l'emmenant à concrétiser, je suis sûre que c'était sa première fois !

    Bien sûr à un moment il a eu un doute sur ma virginité, alors je lui ai servi un conte : un cousin qui m'aurait forcée à l'adolescence  et j'ai même réussi à pleurer devant une histoire si triste et il m'a consolée.
    Et, je te le donne en mille : il m' a demandé en mariage ! Bingo ! La vieille en a fait une jaunisse mais Gonzague (ha ha !) est tellement amoureux que pour une fois il lui a tenu tête. Bien sûr il ne m'appelle pas Zaza, je lui ai donné mon ancien prénom : Elizabeth, orpheline (il vaut mieux qu'il ne connaisse pas mes parents) élevée par une tante très pieuse aujourd'hui malheureusement décédée.

    Et voilà le travail ! Nous nous marierons à l'arrivée et nous installerons dans un appartement qu'ils ont là-bas.

    Le côté négatif, mais ce n'est pas grand chose, c'est qu'il va me falloir supporter la vieille, au moins au début car je me fais fort de m'en débarrasser un jour.

    Et aussi que Gonzague est énormément collant : il ne me lâche pas, et que je te prends la main, et que je te regarde dans les yeux, et que je t'embrasse, et que je passe le bras sur mon épaule, à ma taille... Bah tu me diras, on a l'habitude, il suffit de penser à autre chose !

    Et pour ce qui est de la chose pareil, il veut tout le temps, ceci dit, avec ce qu'il a,  il ne me fait pas grand mal, c'est vite passé , ha ha ! Et par rapport à la Maison, ce sont des vacances !

    Pour l'instant j'accepte toujours, une fois la bague au doigt, c'est comme pour la vieille, c'est moi qui déciderai.

    Voilà, ma Flora, ce que je voulais te raconter, ta copine Zaza a gagné le gros lot. Je vais maintenant être une Dame qui fera ses courses sur la cinquième Avenue et que tout le monde respectera .

    Ah je ne t'ai pas dit, il veut quatre enfants, quelle idée ! Je ne m'en fais pas trop de ce côté là : après tous ces avortements, surtout le dernier où j'ai failli y passer, ça m'étonnerait fort que je puisse encore en avoir. Mais bien sûr j'ai dit que oui, que j'en rêvais aussi. Si tu avais vu son sourire niais devant mes minauderies !

    Je t'embrasse ma Flora, prends bien soin de toi.

    ZAZA


  • Commentaires

    1
    Lundi 20 Novembre 2017 à 14:25

    Ha, j'adore ton texte....En vlà au moins une qui va échapper à sa triste condition. Mais, à sa place, je ferai gaffe quand même. Car, qui dit, qu'une fois arrivés à bon port, le gringalet, ses sens assouvis ne la larguera pas, surtout si la vieille bique lui fait la morale !

    ps : devant son sexe riquiqui...Tu sais, faut pas croire, les gringalets sont parfois les meilleurs amants...Ha, ha..

      • Lundi 20 Novembre 2017 à 16:53

        tu m'as l'air connaisseuse ! happy

    2
    Lundi 20 Novembre 2017 à 16:19

    Une sacrée veine, la dame ! Qu'elle s'accroche surtout et bientôt c'est elle qui mènera la danse... J'aime les filles qui n'ont pas froid aux yeux. Qu'elle lui apprenne petit à petit à ce grand niais  et peut-être qu'il se dégourdira car il n'y a pas qu'avec le riquiqui qu'on peut... 

     

      • Lundi 20 Novembre 2017 à 16:53

        encore une connaisseuse !

    3
    Lundi 20 Novembre 2017 à 23:15

    Souvent tu me surprends avec tes textes ! mais j'aime ;)

      • Mardi 21 Novembre 2017 à 08:54

        c'est un peu le but

    4
    Véro
    Jeudi 23 Novembre 2017 à 19:54

    Sacrée Zaza ! Tous mes voeux de bonheur (et qu'elle trouve des solutions pour se débarrasser des "gênants" dès qu'elle aura eu ce qu'elle voulait.)

    5
    Vendredi 24 Novembre 2017 à 20:52
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