• Un de perdu...

    (le jeu de Lakévio)

    116058078

     

    Comme chaque jour elle était bien obligée de passer devant la maison mais elle accélérait le pas et regardait droit devant elle. Marcher sur le trottoir d'en face était pire : on pouvait encore mieux la voir des fenêtres et elle ne supportait pas le regard qu'elle devinait méprisant (ou triomphant ?) de l'Autre.

    L'Autre qui lui avait tout pris : son mari bien-aimé et cette maison  achetée ensemble il y a dix ans et qu'elle avait décoré avec tant de soin. Elle ne travaillait pas à l'époque, elle n'en avait pas besoin, alors elle avait écumé tous les magasins de déco de la région, acheté des tissus, des rideaux, une quantité de meubles. L'extérieur aussi : c'est elle qui avait planté les rosiers et toutes les fleurs cachées derrière les haies de thuyas. Comme elle s'était amusé à transformer cet endroit au départ assez austère en petit nid douillet. Elle avait même décoré une chambre d'enfant. Mais d'enfant il n'y avait pas eu... Tant mieux, dans un sens, c'est toujours traumatisants pour eux la séparation des parents.

    A chaque fois , c'est à dire deux fois par jour, qu'elle passait devant cette maison, elle essayait de ne pas imaginer l'Autre  assise dans le canapé de velours grenat, ou attablée à la cuisine, à siroter son café du matin, juste devant cette fenêtre là.

    Elle avait toujours l'impression de sentir son regard sur elle, la nuque lui en chauffait lorsqu'elle s'éloignait, ça lui brûlait le dos.

    Comme elle avait dû pavoiser lorsque Lionel avait choisi après des mois de tergiversations. Ce qu' il avait eu  l'air embarrassé lorsqu'il lui avait signifié son congé ! Pas un instant il ne l'avait regardée dans les yeux. Il avait tout  prévu : en lot de consolation il lui avait proposé ce travail à la bibliothèque, ben tiens, il ne voulait pas l'entretenir, elle avait appris que l'Autre ne travaillait pas non plus. Deux bouches à nourrir ça aurait fait beaucoup . En tant que Maire adjoint il était au courant des disponibilités de sa commune.

    Elle n'avait pas eu d'autre choix que d'accepter. Elle devait reconnaître qu'il avait joué fin : il savait qu'elle adorait lire et que les longues études littéraires qu'elle avait poursuivies lui donneraient la compétence requise, ce parachutage à un poste convoité ne pourrait donner lieu à des critiques.
    Dommage simplement que le seul chemin pour s'y rendre passe devant la maison.

    Il y a juste une chose que le prévoyant Lionel n'avait pas imaginée : la présence d' Yvan, son nouveau collègue, celui qui s'occupe du secteur vidéo, qui, la voyant pleurer derrière les rayonnages de livres les jours qui suivirent son arrivée trouva les mots pour la consoler et adoucir sa peine. De plus en plus et de mieux en mieux. Au point que bientôt elle ne pleura plus, elle avait seulement du mal à passer devant la maison.

    "Je connais cette femme, lui avait il dit un jour, elle est trésorière du club multisports (un vivier pour elle !) ton mari te reviendra, une fois qu'elle a eu ce qu'elle veut, elle se désintéresse de sa proie et part vers un autre défi à relever, elle a un sacré palmarès avec les hommes mariés et souvent même pères de famille.

    "Il me reviendra ? Mais moi je n'en voudrai plus ! Comment pourrais-je lui pardonner ? C'est toi que je veux à présent ! "

    "Ma chérie ..."


  • Commentaires

    1
    Lundi 12 Juin à 18:42

    Avant peu, elle passera devant la maison le coeur léger, sachant que Lionel a, lui aussi, été largué par l'Autre, et que l'ex-épouse est cocoonée par un homme aimant !

    Ah mais !

    Belle revanche !

    2
    Lundi 12 Juin à 23:45

    Bien faible ce Lionel, face à la voleuse de coeur, face à son épouse. Qu'elle ne regrette ni rideau ni tapis, et surtout pas le coeur d'artichaut bientôt trahi. Elle aussi, comme ma Lilette, elle l'aura sa nouvelle vie !

    Merci Colombine. beau récit.

    3
    Julie
    Mardi 13 Juin à 10:34

    Ouf, je suis contente que tu ne l'ais pas "suicidée" cette femme. J'avais peur que tu ne fasses un carnage de ce trio.

    Oui, j'espère qu'il sera largué lui-aussi.

    Tu dis qu'elle a dû quitter la maison. Ca me rappelle quelqu'un.

    Tiens, j'en ai une que j'ai appris récemment. Une cousine qui devait venir à l'annif de ma mère  n'est pas venue. Elle a prétexté une excuse (vraie en partie, je suppose). Un "secret"  bien gardé. "attention, je te le dis, mais, tu le gardes pour toi" m'a dit quelqu'un. Je l'ai tellement gardé pour moi que je l'ai dit à ma sœur, à mon mari, à ma fille..parce que je trouvais qu'il y avait déjà bien trop de monde au courant. Ce n'est pas la 1ere fois qu'on me confie un secret, qui est souvent déjà bien éventé. Un secret ne devrait jamais être confié à une femme.

    Ma cousine est en train d'être larguée au bout de plusieurs dizaines d'années pour une autre femme..Paraitrait que le mari veut aussi garder la maison et y mettre sa nouvelle prise parce que c'est un enfant du cru, qu'il a toute sa famille à proximité, qu'il a des fonctions au sein de la commune. 

    Donc, il voudrait que ce soit ma cousine qui parte. Pauvre cousine, pauvre famille maudite à qui, il arrive tuile sur tuile, malheur sur malheur. Dieu n'est pas gentil de s'acharner sur certaines personnes. Elle, le pilier de cette famille, aurait mérité une retraite paisible qu'elle vient de prendre. Je raconte ça ici, ne pouvant le faire sur mon blog. J'ai appris que d'autres membres de ma famille me lisent. Va me falloir repartir ailleurs, si je veux conserver ma liberté. Pas pour un blog secret. J'ai encore perdu mon mot de passe pour accéder à ton blog privé, perdu au milieu de mes centaines de mail.

    Moi qui croyais qu'ils s'entendaient très bien. Ils étaient de toutes les réunions familiales. Je leur enviais presque leur connivence (comme quoi, on ne sait jamais ce qui se passe derrière les portes). Bon, faut dire que ce cousin de la main gauche, je lui trouvais un petit côté séducteur, qu'il est toujours sur les routes de par son métier, ce qui a dû bien faciliter cette idylle qui durerait depuis plusieurs mois, voir années.  Facile pour les excuses quand on rentre tard le soir..ou pas du tout..

    Ah le démon de midi ! Heureusement que mon mari est attaché à ses vieilles "chaussettes"..quoique...je trouve qu'il aime un peu trop les jolies femmes...même qu'il trouve à son goût "notre acheteuse" potentielle, dont on attend désespérément de signer le compromis, qu'il a insisté pour qu'on lui donne la préférence, quand j'ai voulu chercher quelqu'un d'autre...comme il avait trouvé à son goût "l'acheteuse" de notre ancienne boutique qu'on avait attendu aussi longtemps.

      • Mardi 13 Juin à 21:30

        moi aussi je connais un cas comme ça, ça doit être fréquent. Re-demande moi une invitation par le formulaire en haut, je te la renverrai !

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :