• Charybde et Scylla

     

     

    Le jeu de Lakévio

     

    Igor Levashov

     

    Ma petite Emilie.. tu permets que je t'appelle Emilie ? Je t'offre ces fleurs d'un blanc aussi pur que toi dans la fraîcheur de ta jeunesse.

     

    Tu es si jolie !

     

    Comme tu le sais j'ai beaucoup discuté avec ton père -qui est un ami très cher- de ton avenir. Ce cher homme trouve très difficile de vous élever seul, tes soeurs et toi, depuis le décès de votre pauvre maman. Il se fait beaucoup de souci et voudrait vous voir toutes les trois en sécurité au sein d'un foyer aimant.

     

    Pour ma part mon veuvage récent me contraint à trouver une mère pour mes deux enfants et la proposition de ton cher Papa a tout de suite trouvé un écho en moi.

     

    Non non, ne dis rien, laisse moi continuer.

     

    Je sais que je suis bien plus âgé que toi et que même , Anatole, mon aîné est à peine plus jeune que toi. Mais ne t'inquiète pas, j'ai bien l'intention de les mettre tous les deux en pension après notre mariage. Je sais combien un couple tout neuf a besoin d'intimité et ça ne leur fera pas de mal, ils ont été beaucoup trop gâtés par leur mère qui faisait montre d'une grande faiblesse envers eux.

     

    Ne prends pas cet air offusqué, c'est parce que j'ai parlé d'intimité ? Mais ma chérie je me fais fort de te faire découvrir les joies indicibles de l'amour charnel entre un mari et sa femme  et justement tu pourras compter sur ma longue expérience, puisque, je le concède j'approche les soixante-cinq ans. C'est dire ma connaissance des femmes car je me suis marié sur le tard. Je peux tout t'enseigner et te révêler à toi-même, bien mieux qu'un "perdreau de l'année" !

     

    Oh, je te choque ? N'en parlons plus, nous verrons ça plus tard.

     

    Tu n'as pas l'air contente ? Tu n'aimes pas les roses ? Ou bien c'est moi qui ne te plaîs pas ? A cause de ma canne ? De ma calvitie ?  Il faut dépasser la superficialité de ton âge ma petite Emilie, derrière mon apparence un peu vénérable se cache un corps encore fougueux, tu le découvriras et plus qu'à ton tour  !

     

    Ne grimace pas ! Il faut que tu saches que  je ne tolèrerai aucune insolence et je ne me suis pas privé de corriger comme il le fallait mes deux garçons et ce malgré les protestations de leur mère. Tu trouveras en moi un amoureux fervent mais également un maître, je sais combien les jeunes filles ont besoin d'être guidées et sécurisées . C'est ce que ton père attend de moi.  Il est fatigué de vos extravagances.

     

    Dans l'hypothèse, fort peu probable, où tu refuserais ma proposition d'un foyer aimant et stable, il se verrait dans l'obligation de prendre d'autres dispositions bien moins séduisantes tu le découvriras , pour te mettre à l'abri des dangers et folies de la jeunesse, il s'est déjà renseigné sur des institutions religieuses réputées pour leur fermeté et leur efficacité à mater les plus rebelles.

     

    Ne pleure pas ! Ma femme pleurnichait toujours, que les femmes sont agaçantes avec leur sensiblerie maladive !

     

    Mets ces fleurs dans de l'eau, Emilie , avant qu'elles se fanent, elles m'ont quand même coûté fort cher. Et réflêchis bien au choix que tu vas devoir faire : l'éveil des sens et le bonheur auprès d'un homme solide et protecteur qui te mettra à l'abri de tout, même de toi-même, ou bien le confinement et les prières.

     

    Allons... sèche tes beaux yeux, pense que tu n'as plus aucun souci à te faire concernant ton avenir, tu n'as qu'à te laisser porter. Il n'y a pas beaucoup de filles de 16 ans qui peuvent en dire autant que Diable !


  • Commentaires

    1
    Lundi 2 Juillet à 11:29

    Waouh ! Ces roses t'ont inspiré un texte bien redoutable ! Pauvre Emilie... Seize ans ? Un choix bien difficile. Après tout le barbon peut bien passer l'arme à gauche mais pas sûr... Au couvent, au moins on est tranquille et, majeure, elle pourra renoncer et partir...

    Tu n'es pas douce colombe ce matin ! C'est la chaleur ? hihihi !

      • Lundi 2 Juillet à 15:01

        non, j'ai de la chance : ma maison reste relativement fraîche.

    2
    Lundi 2 Juillet à 14:22
    Gwen

    Je sais, il y a aussi le bouillon d'onze heures ! Mais à tout prendre, je préfèrerais aussi qu'elle choisisse le couvent où elle passera 5 ans au plus...

    De plus, le vieux rat est avare, puisqu'il a la délicatesse de noter que les roses lui ont co^té cher : un vrai gentleman cet homme !

      • Lundi 2 Juillet à 15:01

        ça je ne l'ai pas arrangé happy

    3
    Lundi 2 Juillet à 15:07

    Puisque Lakévio a dit qu'on n'écrivait pas de drame cette semaine, eh bien alors tout baigne ici !

    Il faut juste situer le lieu géographique ou l'époque de ce texte ! ;-)

    Je dirais, pour ma part, qu'on est chez Molière !

     

      • Mercredi 4 Juillet à 17:30

        oui cela me semble cohérent...

    4
    Sophie
    Lundi 2 Juillet à 17:04

    Mazette, tu l'as arrangé cet homme... moche au-dehors, moche au-dedans.

    Va au couvent ma belle, tu y seras au frais et au moins tu pourras rêver aux moments divins quand tu sortiras ...

      • Mercredi 4 Juillet à 17:30

        j'aurais également choisi le couvent, à condition de pouvoir en sortir un jour !

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